Le comité permanent de traitement des demandes d’importation installé : L’État veut trier sans bloquer
Le comité permanent de suivi et de traitement des demandes d’importation, créé par décret le 13 octobre, est entré en fonction samedi 17 octobre à Alger. Il examinera désormais chaque opération une à une, avec les banques et le patronat à la même table que l’administration. Le Premier ministre veut que les produits sensibles passent en priorité, au nom de la disponibilité des biens pour les citoyens.
Conformément aux instructions du président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb a installé l’organe samedi, selon un communiqué de ses services. Devant les membres réunis, il a fixé le cap en des termes sans détour,« le comité est chargé d’examiner les demandes relatives à chaque opération d’importation et de réserver un traitement d’urgence pour les produits revêtant un caractère sensible ou prioritaire pour l’approvisionnement du marché national ou pour le fonctionnement des unités de production ». Il a ajouté que l’objectif est de « soutenir les activités économiques et les projets d’investissement et à préserver la disponibilité des biens et services au profit des citoyens ».
Le message est double. Les pouvoirs publics entendent garder la main sur la facture d’importation, mais sans étrangler l’approvisionnement du marché ni les usines qui dépendent d’intrants venus de l’étranger. Tout l’enjeu tient dans cet équilibre, et c’est la vitesse de traitement des dossiers jugés prioritaires qui dira si le dispositif tient sa promesse.
La composition du comité reflète cette volonté d’associer tous les acteurs. Il réunit le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, le ministre des Finances, un représentant du gouverneur de la Banque d’Algérie, le président de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF) et celui du Conseil du renouveau économique algérien (CREA). Le décret exécutif 26-327, paru au Journal officiel numéro 72, lui confie aussi les importations réalisées pour compte propre par les opérateurs de production et de service, dans la limite de leurs besoins. Le comité doit en outre proposer toute mesure qui facilite le traitement des demandes et analyser périodiquement les données de la plateforme numérique d’enregistrement. Chaque semaine, le ministre du Commerce extérieur remettra au Premier ministre un rapport détaillé sur son activité.
Le patronat adoube
Du côté patronal, le CREA a réagi dans la foulée. Membre permanent du comité, il a exprimé sa « profonde gratitude » au chef de l’État et estimé que la démarche renforce le dialogue entre les pouvoirs publics et les opérateurs. Le Conseil a promis qu’il « continuera à accompagner les entreprises économiques intègres et à défendre leurs intérêts », et que ses portes « demeureront ouvertes à l’ensemble des entreprises, adhérentes ou non, publiques ou privées, grandes ou petites ». Pour lui, la force de l’économie nationale « repose sur la complémentarité entre l’ensemble de ses composantes ».
Cette installation prolonge la réorganisation du commerce extérieur engagée depuis un an. Le Programme prévisionnel d’importation a été introduit en juillet 2025 pour renforcer le contrôle et combattre la fraude. Les plateformes numériques se sont depuis multipliées, avec la réouverture de celle des PPI le 23 juin pour le second semestre 2026, l’obligation d’enregistrer les importations de services au 1er août et le lancement d’un guichet de requêtes des importateurs le 11 août.
La vigilance s’explique par les chiffres. Début septembre, le ministère a indiqué que 3 961 opérateurs employant entre zéro et cinq salariés avaient déposé des demandes totalisant 130,32 milliards de dollars, et annoncé un contrôle de leurs importations du premier semestre 2026 et des années précédentes.
Sabrina Aziouez

