Économie

Flambée des prix de l’énergie : L’Algérie plaide au FMI pour un rempart budgétaire au profit des pays pauvres

La flambée des prix de l’énergie pourrait donner à l’Algérie et à la Libye de la marge pour reconstituer leurs réserves de sécurité et relancer réformes et investissement, a affirmé le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohand Bourai, devant le Comité monétaire et financier du Fonds monétaire international. Il s’exprimait au nom d’un groupe de sept pays représenté par l’Algérie, à l’occasion de la 54e réunion de l’instance, tenue dans la capitale thaïlandaise.

Le constat tranche avec la situation des économies importatrices. Selon M. Bourai, la détérioration des termes de l’échange, liée au renchérissement de l’énergie et des produits alimentaires, freine la croissance de ces pays et risque d’attiser l’inflation tout en alourdissant leurs déficits budgétaires et extérieurs. Les chocs en cours pèsent sur le budget des ménages, ce qui a conduit les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2026 à revoir à la baisse les prévisions pour le Moyen-Orient. Les pays directement touchés par la crise régionale, « sont confrontés à des pertes de production imputables aux dommages causés aux infrastructures civiles et aux capacités productives, ainsi qu’aux perturbations des voies d’exportation ».

Face à ce tableau, le gouverneur a exhorté les États à agir tant que les conditions le permettent. Les conseils de politique économique, a-t-il souligné, « devraient être adaptés à la situation propre à chaque pays. Lorsque les conditions le permettent, les pays devraient reconstituer leurs volants de sécurité budgétaires en réduisant les déficits et en plaçant la dette publique sur une trajectoire viable ». Il a insisté sur la nécessité de rétablir la stabilité macroéconomique et de protéger l’investissement public, en s’appuyant sur des cadres crédibles qui favorisent une croissance durable et inclusive.

Sur le terrain monétaire, M. Bourai a plaidé pour un attachement ferme à la stabilité des prix et à des anticipations d’inflation bien ancrées. Il a rappelé que la flexibilité du taux de change, lorsqu’elle correspond à la situation de chaque pays et repose sur des cadres crédibles, doit jouer le rôle de principal amortisseur des chocs, en facilitant l’ajustement des prix relatifs et en préservant les réserves internationales. Il a aussi prévenu que « la dynamique des prix pourrait justifier des relèvements successifs des taux directeurs », tout en notant que les marchés financiers sont restés globalement stables, portés par l’espoir que l’intelligence artificielle dopera la productivité à moyen terme.

Le gouverneur a par ailleurs relevé que l’économie mondiale reste globalement résiliente, mais que la confiance dans la durabilité de cette résistance s’effrite à mesure que les vulnérabilités s’accumulent. Il a demandé au Fonds de clarifier les besoins de financement et les modalités de mise en œuvre des politiques d’ajustement qu’il préconise, en particulier pour les pays à faible revenu, confrontés au manque de financements concessionnels et au recul de l’aide publique au développement. Dans cet esprit, M. Bourai a réitéré l’appel « à une coordination plus étroite entre le FMI, les institutions régionales et les partenaires au développement, afin d’aider les pays membres à renforcer la mobilisation des recettes intérieures ». Il a enfin réaffirmé le soutien du groupe à « un FMI solide, fondé sur un système de quotes-parts et disposant de ressources adéquates, au cœur du dispositif mondial de sécurité financière », et souhaité l’achèvement rapide des procédures nationales d’approbation restantes pour la 16e révision générale des quotes-parts.

Samir Benisid

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