Le Conseil de la Nation autorise le déploiement de troupes de l’ANP au Niger : Un tournant pour sécuriser des intérêts stratégiques
Le Conseil de la nation a approuvé à l’unanimité, dimanche, l’envoi d’un détachement de l’Armée nationale populaire dans le nord du Niger. Une mission limitée, mais qui engage la sécurité des frontières, la protection d’investissements énergétiques majeurs et l’équilibre du Sahel.
Les sénateurs ont donné leur feu vert, dimanche, au déploiement d’un détachement de l’ANP dans le nord du Niger, afin de protéger les projets de Sonatrach dans cette zone voisine de l’Algérie, selon plusieurs de nos confrères, citant des sources proches de la chambre haute du Parlement. Réunis en séance extraordinaire à huis clos, les membres du Conseil de la nation ont voté à l’unanimité la saisine du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Les députés de l’Assemblée populaire nationale devaient se prononcer dans l’après-midi, sans surprise attendue.
La séance s’est tenue en présence de hauts gradés de l’ANPn et du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, chargé d’exposer aux sénateurs la nature exacte de la mission. D’après des membres du Conseil cités par El Khabar, le chef de la diplomatie a insisté sur le caractère pacifique du dispositif, déployé à la demande des autorités nigériennes. Il a aussi résumé la position d’Alger en affirmant que la sécurité du Niger est indissociable de celle de l’Algérie.
À la sortie de la plénière, le sénateur Belkacem Boulghiti a livré à la presse les précisions les plus nettes. « C’est une décision du président de la République en lien avec la sécurité de l’Algérie et la protection de ses frontières. La décision entre aussi dans le cadre de la protection des intérêts économiques de l’Algérie au Niger. Cela sert la sécurité stratégique de l’Algérie », a déclaré le sénateur. Il a estimé que « c’est une transformation de la démarche de l’Algérie dans la protection de ses frontières et de ses intérêts dans le cadre du partenariat avec les États voisins, notamment le Niger. » Après avoir confirmé que le vote était unanime, il a insisté sur l’objet de la proposition, qui est selon lui « la protection par l’armée algérienne des intérêts économiques (de l’Algérie) au Niger ». Interrogé sur la forme du déploiement, il a précisé qu’il s’agit d’un détachement chargé d’une mission « limitée ».
Il faut dire que la sécurité au Sahel en lien, comme l’a souligné le président de la République avec la sécurité de l’Algérie, et la présence de Sonatrach au Niger ajoute une dimension supplémentaire aux enjeux stratégiques de cette transition dans la doctrine sécuritaire de l’Algérie.
Pour en mesurer la portée il est utile de rappeler que le champ pétrolier de Kafra dans la région d’Agadez se trouve à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne et constitue le socle de la coopération énergétique entre Alger et Niamey. Sonatrach y travaille depuis 2005 à travers sa filiale Sipex, avec de vastes campagnes sismiques puis deux puits d’exploration forés en 2018 et 2019. Le 13 août dernier, les deux pays ont donné le coup d’envoi d’un programme de quatre nouveaux forages confié à l’Enafor. Niamey évoque des ressources prospectives pouvant atteindre 2,5 milliards de barils, sans les présenter comme des réserves confirmées. Des discussions ont également été engagées sur l’exploitation du champ de Bilma. À cela s’ajoute le gazoduc transsaharien, censé acheminer le gaz nigérian vers l’Europe en passant par le Niger puis l’Algérie. Autant de chantiers coûteux qui ne peuvent avancer sans un minimum de garanties sur le terrain.
L’enjeu est aussi sécuritaire. L’Algérie défend de longue date l’idée que la stabilité du Sahel passe par le développement économique, et que l’insécurité à ses portes finit toujours par la rattraper. La tentative de putsch avortée à Niamey, fin août, a rappelé combien la situation reste fragile. Elle est survenue peu après la visite à Alger du chef du gouvernement nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, et le président Tebboune a souligne une provocation. Quatre avions de combat avaient alors été dépêchés, une première depuis l’indépendance. Début octobre, devant des représentants de médias nationaux, le chef de l’État avait expliqué en substance que l’on ne peut pas signer des accords dans le pétrole et les mines puis laisser quelqu’un tout balayer en une nuit, et que l’Algérie avait les moyens de défendre ses amis comme les intérêts qu’elle partage avec eux.
Le cadre fixé au détachement est l’autre point sensible. Sa mission se limite à la protection des équipes et des projets énergétiques, loin de toute opération de combat à l’intérieur du Niger. La précision compte, tant la question du respect de la souveraineté est une constante de la politique étrangère algérienne. D’ailleurs cet envoie répond exclusivement à une demande de Niamey.
Salim Amokrane

