Elle mise sur un baril de pétrole à 91 dollars en 2026 : La Banque mondiale redoute un nouveau choc
Dans ses perspectives sur les matières premières d’octobre 2026, l’institution décrit un marché énergétique fragilisé par le conflit au Moyen-Orient, avec des stocks au plus bas et des risques orientés à la hausse à court terme.
Le marché pétrolier vit une année hors norme. Selon le rapport d’octobre 2026 de la Banque mondiale sur les perspectives des matières premières, la production mondiale de brut devrait reculer de 5,5 millions de barils par jour (mb/j), soit 5,2 %, en 2026, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient. Les prix de l’énergie bondiraient de 32 % cette année, avec un Brent à 91 dollars le baril en moyenne. La baisse de la consommation, attendue à 2,6 mb/j, soit 2,5 % sur l’année, ne compense qu’environ la moitié du déficit d’offre. Pour l’institution, il s’agit du troisième plus fort recul annuel jamais enregistré, après 2020 et 1980. Résultat, les stocks ont servi de variable d’ajustement. Ceux des gouvernements de l’OCDE étaient fin septembre à leur plus bas niveau depuis plus de trente ans, et les réserves stratégiques américaines au plus bas depuis 1982. Le monde est ainsi « de plus en plus vulnérable » à de nouvelles perturbations, résume la Banque mondiale dans sa lecture du marché.
Les tensions se sont aussi déplacées vers les produits raffinés. Le diesel américain a dépassé les 6,2 dollars le gallon en octobre, un record, tandis que la prime du diesel européen sur le brut a atteint environ 91 dollars le baril en septembre. Les raffineries du Golfe endommagées et les restrictions russes à l’exportation de produits pétroliers pèsent sur l’offre. À la mi-octobre, les contrats à terme sur le Brent ont frôlé les 110 dollars.
Du côté du gaz, la situation n’est guère plus confortable. Les prix européens devraient s’envoler de près de 60 % en 2026, les expéditions de GNL par le détroit d’Ormuz restant à environ 25 % de leur niveau d’avant-conflit en septembre. Les stocks de l’Union européenne, eux, campent au bas de leur fourchette décennale. La Banque mondiale s’attend à un reflux de 8 % en 2027, puis de près de 30 % en 2028.
Pour la suite, le scénario central table sur un Brent à 79 dollars en 2027 puis 70 dollars en 2028, à condition que les exportations du Golfe continuent de remonter, par pipelines et transbordements, malgré les restrictions dans le détroit. Les risques restent toutefois inclinés vers le haut à court terme. En cas de reprise des hostilités, et si les exportations russes restent contraintes, le baril pourrait se hisser à 105 dollars en 2027, soit environ 33 % au-dessus de la trajectoire de référence.
À plus long terme, les risques s’inversent. Un règlement durable du conflit, une production hors OPEP+ plus dynamique que prévu ou une adoption accélérée des véhicules électriques, qui ont déjà écarté 1,5 mb/j de demande de carburant routier en Chine au deuxième trimestre, pourraient tirer les cours sous les prévisions. Samira Ghrib

