Culture

Sila 2026 : Le patrimoine manuscrit amazigh transcrit en caractères arabes au cœur du débat

Universitaires et chercheurs ont plaidé, samedi à Alger, pour une meilleure valorisation du patrimoine manuscrit amazigh transcrit en caractères arabes, lors d’une conférence tenue dans le cadre du programme culturel de la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), ouverte depuis le 28 octobre et prévue jusqu’au 7 novembre. Une mémoire écrite longtemps restée dans l’ombre des bibliothèques et des zaouïas, que le secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, a voulu remettre sur le devant de la scène. Cette rencontre vise selon lui à « redonner ses lettres de noblesse » à ce legs laissé par des générations de savants, d’érudits et d’auteurs qui ont choisi l’alphabet arabe pour consigner leur langue. Il a décrit ce patrimoine comme « un capital historique et cognitif qui mérite davantage de recherche et d’étude », avant de rattacher la démarche du HCA à l’effort national de promotion de la langue amazighe et de saluer l’attention que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, porte à cette composante de l’identité nationale. Côté universitaire, Abdelkader Houcini, chercheur en jurisprudence et en ses fondements au centre universitaire Nour El Bachir d’El Bayadh, a consacré sa communication au manuscrit juridique amazigh. Pour lui, ce texte est l’un des témoins de « l’interaction créative entre la culture amazighe et la référence islamique en Algérie ». L’alphabet arabe a permis, explique le chercheur, à la langue amazighe d’entrer dans le champ du savoir islamique sans rien perdre de sa singularité, et les juristes amazighs ont ainsi pu enseigner et transmettre ce savoir tout en gardant leur langue et leur identité. Le voyage dans le temps a ensuite conduit à Béjaïa, avec Abdelkrim Hamou, chercheur permanent au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran. Son étude documentaire porte sur les cercles savants et les zaouïas de la cité de Béjaïa aux VIIIe et IXe siècles de l’Hégire. Il a rappelé que les médersas et les zaouïas de Kabylie, mais aussi des Aurès et de la vallée du M’zab, restent « les principaux hauts lieux historiques de préservation du patrimoine manuscrit amazigh ». Leurs savants, ajoute le chercheur, « ont joué un rôle central dans la formation de l’identité linguistique amazighe », en enseignant, en produisant des ouvrages religieux et scientifiques, mais aussi en traduisant et en mettant en vers de grandes références de jurisprudence et de linguistique.

À Béjaïa, la plupart des savoirs étaient consignés en arabe, a précisé le chercheur, même si certains manuscrits ont bel et bien été rédigés en amazigh avec des caractères arabes. Il a cité plusieurs figures qui ont marqué la ville, de Sidi Boumediene El Ghaout à Abderrahmane Thaâlibi, en passant par Abderrahmane El Ichbili et Mohamed Ben Abderrahmane El Houadi. Un âge d’or brutalement interrompu, puisque la destruction de la cité par les Espagnols, au début du XVIe siècle, « a entraîné la disparition de son patrimoine intellectuel ».

Mohand S.

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