Gouvernement Djerad : sursis ou sursaut ?

Le gouvernement Djerad file-t-il du mauvais coton ? Dans les landerneaux politiques algérois, les supputations sont grosses de changements et/ou de remaniements vendus pour « imminents ». Donné pour être sur la sellette depuis le « désaveu » du président Tebboune qui a reproché, publiquement, au gouvernement, son bilan mitigé,- « El Houkouma, Laha oua a3layha », avait-il déclaré-, le Premier ministre, Abdelaziz Djerrad « s’active », prend des « initiatives », « tance » ses collaborateurs… etc, dans l’espoir d’éviter le couperet et d’augmenter ainsi l’espérance de vie de son gouvernement qui vient de boucler , le 2 janvier dernier, un an de bail.

Non sans avoir subi une première coupe, premier remaniement, à mi parcours, en juin passé. Le retour au bercail du président Tebboune, donné aussi pour « très bientôt », accélère visiblement le processus, et remet du « mouvement dans le statu quo » d’un gouvernement plombé par des mois d’immobilisme, par l’inefficacité de son action, et les déficits accumulés en légitimité et envergure. Après l’ordre intimé, la semaine dernière, aux walis de la République de « débureaucratiser » le processus de délivrance des actes d’urbanisme, Abdelaziz Djerad a, jeudi, dernier, rappelé à l’ordre sa team gouvernementale pour son « manque de maturation et de concertation » dans la préparation de projets de textes législatifs et réglementaires.

Dans son dernier édit, la dernière instruction en date, le Premier ministre monte d’un cran : « Il m’a été donné de constater que certains projets de textes législatifs et réglementaires initiés par des départements ministériels, voire même ceux présentés en réunion du Gouvernement, manquent de maturation et de concertation intersectorielle, ce qui se répercute sur leur qualité, tant sur le plan de la forme que du fond, et amène le Gouvernement à demander leur réexamen, et parfois à les renvoyer pour développer une nouvelle approche du dispositif envisagé », a indiqué Djerad dans cette instruction aux membres du Gouvernement. Djerad veut de la « cohérence », ordonne à ses ministres de mener une « large concertation », avant leur dépôt au secrétariat général du Gouvernement, de tout projet de loi. Une « large concertation au sein du secteur initiateur, en y impliquant, notamment les secteurs et institutions concernés, des experts, et éventuellement des représentants de la société civile concernés (…) pour s’inscrire pleinement dans la cohérence de l’action gouvernementale ». Le Premier des ministres escompte la « précision », de « minutie » :

Diplômé de Sciences Po, « énarque », Djerad exige des lois conçues conformément aux règles normatives : L’exposé des motifs de tout texte initié doit comprendre, instruit-il, « les éléments de son étude d’impact, qui précise, notamment l’ancrage juridique du texte et son articulation au sein du dispositif juridique déjà en vigueur », « l’objectif escompté », la « prise en charge, par les dispositions proposées, de la problématique traitée », ainsi que son « impact sur le public ciblé, l’incidence économique, financière et sociale du texte et les modalités de sa mise en œuvre, et éventuellement, l’échéancier y afférent ». « Tout texte transmis par le secrétariat général du Gouvernement aux départements ministériels pour avis et enrichissement doit faire l’objet d’examen « minutieux » par leurs services compétents. Les observations et propositions relevées doivent être transmises, dans « les meilleurs délais » au secrétariat général du Gouvernement et au secteur initiateur », a insisté le chef de l’Exécutif.


Jeudi, toujours, le Premier ministre a opéré, « après consultation du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune », un vaste mouvement dans le corps des directeurs de l’Education ayant touché 34 directeurs (11 mutations, 23 fins de fonctions et 23 nominations). Ce « large mouvement » rompt ainsi avec l’instruction du PM, le 7 novembre 2020, enjoignant les ministres à suspendre « jusqu’à nouvel ordre » « les propositions de nomination et les mises de fin de fonction » des cadres de leurs départements « sauf des cas d’urgence ». Cette décision qui concernait aussi et surtout les cadres des entreprises publiques dont les staffs dirigeants sont maintenus depuis, en stand-by, n’a pas manqué de gripper, un segment important de
la machine économique.
L’ « activisme », retrouvé, du Premier ministre tranche avec la profonde léthargie dans lequel était plongé son gouvernement depuis des mois. Un état aggravé par l’absence, pour raison de soins en Allemagne, du président de la République. Dissonances, couacs, retards à l’allumage, chevauchée solitaire de certains membres du gouvernement, il y a des « ratés », et, désormais, aussi du rififi dans la formation désincarnée de Adelaziz Djerad. Jeudi, au sénat, une querelle à fleurets mouchetés éclatera entre le ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali Braham et un sénateur FLN, Abdelwahab Benzaim et ce autour des licences d’importation des véhicules neufs.

Le ministre de l’Industrie à qui le sénateur FLN a reproché la « transparence » de sa démarche, récusera les griefs arguant que « chaque dossier, répondant au cahier des charges élaboré par le comité technique intersectoriel sera agréé ». « Ce mois-ci ou l’année prochaine, et même s’il devait y avoir un changement de ministre », a-t-il précisé. Le ministre anticipe-t-il le prochain changement ? Faut-il y voir un signe de défiance envers le gouvernement Djerad ? Urgence économique. Urgence politique de refonder la république. A mesure que les échéances politiques approchent, dont l’élection d’un nouveau Parlement (et renouvellement des assemblées locales), et que la pression du « changement » se fait instante dans le sens de « l’Algérie nouvelle » promise, le pronostic vital de l’actuel gouvernement s’en trouve sérieusement engagé. Rappelons qu’en septembre dernier, avant son évacuation pour des soins en Allemagne, le président Tebboune à émis le vœu de voir élire « avant la fin de l’année » de nouvelles institutions. Mais avec quel gouvernement ? Un gouvernement « politique », d’ouverture, ou « technocratique » ? Wait and see !
Mohand Aziri

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