Lavrov en Égypte, première étape de sa tournée sur le continent : Les nouvelles ambitions russes en Afrique

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est arrivé samedi au Caire, la capitale égyptienne, dans le cadre de sa tournée africaine qui doit aussi le mener en Éthiopie, en Ouganda et en République du Congo. Selon diverses sources, le chef de la diplomatie russe mettra à profit son périple pour rassurer ses partenaires africains quant à ses engagements en matière de fourniture de céréales. «Nous avons confirmé l’engagement des exportateurs russes de produits céréaliers à respecter toutes leurs obligations », a d’ailleurs déclaré à ce propos déclaré hier Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse après des pourparlers avec son homologue égyptien Sameh Choukri. «Le président Vladimir Poutine a également souligné cela lors d’une récente discussion téléphonique avec le président égyptien (Abdel Fattah) al-Sissi », a-t-il poursuivi.

L’accord signé vendredi à Istanbul entre la Russie et l’Ukraine, sous l’égide de l’ONU, prévoit l’instauration de « couloirs sécurisés » afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s’engagent à ne pas attaquer.  Il doit permettre d’exporter 20 à 25 millions de tonnes de grains bloquées en Ukraine et de faciliter les exportations agricoles russes, réduisant ainsi le risque d’une crise alimentaire mondiale, en particulier en Afrique. La Russie a obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s’appliqueront pas, ni directement, ni indirectement, à ses exportations de produits agricoles et d’engrais.

Il est évident que le premier pays africain à se satisfaire de la tournée de Sergueï Lavrov est l’Égypte. Le pays, le plus peuplé du Monde arabe, est le plus grand importateur de blé au monde. Il est également un grand consommateur de pain. L’Égypte dépendait avant le début du conflit ukrainien à 61 % de la Russie et à 23 % de l’Ukraine pour ses achats à l’étranger. L’État représente le principal importateur de blé avec près de la moitié des 12 millions de tonnes importées cette année, ce qui lui permet d’alimenter son programme de distribution de pain subventionné. Environ deux tiers des Égyptiens en dépendent pour se nourrir.

Un retour à la normale des importations de céréales permettra aux autorités égyptiennes et particulièrement au président Abdelfattah Al-Sissi de pousser un gros soupir de soulagement. Pourquoi ? Les autorités égyptiennes pourront ainsi écarter le spectre des émeutes du pain qui avait commencé à se profiler à l’horizon. L’Éthiopie, l’Ouganda et la République du Congo sont aussi dans la même posture que l’Égypte. Malgré qu’elle est le plus grand producteur de blé en Afrique, l’Ethiopie est obligée d’en importer en raison d’une augmentation de la consommation de céréales. Le constat vaut surtout pour les grandes villes. Ajouté à cela, le pays est frappé par une sécheresse qui a beaucoup impacté sa production. Le retour du blé russe sur le marché mondial aura donc pour effet de contribuer à réduire l’insécurité alimentaire qui menace le continent.   

Outre la question du blé, il est fort possible que l’agenda de la tournée de Sergueï Lavrov sur le continent inclut un renforcement des partenariats économiques et militaires avec les pays qu’il va visiter. Il faut savoir déjà que l’Égypte est le premier partenaire commercial africain de la Russie. Et en contrepartie de son engagement à assurer la sécurité alimentaire de l’Égypte, Moscou voudra certainement que Le Caire tisse davantage de relations d’affaires avec ses industriels. Du temps de la Guerre froide, l’Union soviétique ne s’intéressait pas beaucoup à l’Afrique. Ce qui lui importait le plus, c’était d’avoir accès à la Méditerranée, une mer chaude, et de disposer de ports d’attache, ce qui fut fait avec la base de Tartous en Syrie.

Aujourd’hui, il apparaît clairement que l’Afrique constitue un objectif stratégique pour Moscou. Cela se vérifie d’ailleurs à travers l’organisation d’un sommet Russie-Afrique. Sur le terrain, Moscou a noué en un temps relativement très court des accords de coopération en matière de défense avec certains pays. C’est le cas tout récemment du Mali et de certains pays d’Afrique centrale, cela sans compter la relation de longue date qui lie la Russie à l’Algérie ou à l’Éthiopie. Tout comme la Chine, la Turquie, les États-Unis ou la Grande Bretagne, la Russie veut être présente en Afrique, un continent qui est présenté par tous les spécialistes en économie et en géopolitique comme une terre d’avenir. Et pour y parvenir, les Russes paraissent prêts à investir de gros moyens, surtout que l’Afrique fait l’objet d’importantes convoitises.

Khider Larbi

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