Premières pluies et premiers dégâts : À quand une gestion anticipée des risques ?

La gestion anticipée des risques majeurs et des catastrophes est devenue un paradigme qui s’impose dans les plans des collectivités locales pour parer aux drames que pourraient provoquer des pluies torrentielles et des inondations en termes de dégâts humains et matériels.

L’automne est là, les risques de perturbations climatiques dues aux dérèglements que connaît le climat au niveau planétaire, incitent les pouvoirs publics à concevoir une nouvelle démarche de prévention et d’anticipation des risques et des catastrophes naturelles.

L’Algérie est passé d’un état de risque à celui d’une exposition aux de catastrophes naturelles.Cette donne est appuyée par les spécialistes et les experts en la matière. Après les incendies de l’été dernier, les premières pluies automnales ont apporté elles aussi leur lot de dégâts. A Bordj Bou-Arreridj, les intempéries qui se sont abattues sur la wilaya ont fait un mort, une personne âgée de 73 ans emportées par les pluies, et d’importants dégâts, avec la destructionde nombreux biens et la mort de plus de 400 têtes de bétail, notamment dans la commune d’Al Achir. Des maisons ont été inondées et des familles ont dû être évacuées dans plusieurs autres communes de la wilaya, selon les services de la Protection civile. Une situation loin d’être inédite, vu que plusieurs wilayas font face régulièrement à des inondations des rues et quartiers d’habitation. Chose qui pose avec acuité la question de la gestion des risques et des aléas climatiques au niveau des collectivités locales.

La montée des risques auxquels doit faire face l’Algérie, notamment dans le sillage du dérèglement climatique, impose l’adoption d’une approche scientifique.  C’est justement dans ce contexte que s’inscrivent les missions de la Délégation nationale des risques majeurs, appendice du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire chargée de la mise en œuvre et du suivi du système national de prévention contre les risques majeurs. Une instance dont les missions ont été modifiées en 2021 pour la charger « de la coordination et de l’évaluation des activités entreprises dans le cadre du système national de prévention des risques majeurs (…) de mener, avec les institutions concernées, toutes études ou recherches visant à réduire les risques majeurs ».

Aussi un schéma national de prévention contre les risques majeurs a été mis en place afin de mieux appréhender les risques de catastrophes naturelles d’autant que l’Algérie est exposée à divers risques comme les tremblements de terre, la sécheresse, les incendies et les inondations, plus particulièrement. Des actions plus ciblées ont également été menées afin de mieux appréhender les risques sismiques ou les risques d’incendies en introduisant les technologies spatiales, la mise en place de plans de gestion des catastrophes, ainsi que des plans de prévention et de lutte contre les incendies associant plusieurs acteurs, notamment ceux relevant des Conservations des forêts, de la Protection civile et des services de sécurité.

La nature des risques a changé

Pour les risques d’inondation, et en sus de l’identification des bassins inondables et des normes interdisant toute construction dans les zones inondables à l’image des lits d’Oued, le département de l’Intérieur cherche à impliquer les collectivités locales, dans une gestion anticipative des risques, et instruit chaque année celles-ci de mener des opérations de curage des oueds et des avaloirs en amont de la saison automnale. Des efforts qui ne suffisent pourtant pas à limiter les risques de catastrophe et cela pour diverses raisons. Il faut dire que dans le sillage du dérèglement climatique, la nature des risques a changé, y compris celui des sécheresses aggravées. Ce qui imposé de rompre avec l’approche archaïque de la gestion des risques et d’opter pour une vision rénovée, mais aussi de nouveaux moyens à mobiliser.  Les experts et les spécialistes de la gestion des risques et des catastrophes insistent sur « la convergence des risques environnementaux, techniques et socio-économiques qui est un défi pour le développement durable. Il s’agit d’un problème générationnel qui exige des efforts collectifs pour penser et construire des politiques d’amélioration de la résilience des populations ». « Par ailleurs, il semble utile de s’attaquer aux causes profondes de ces risques et de renforcer le mode actuel de leur gestion », prédisent les experts dans le domaine de la gestion anticipée des risques et des catastrophes.

Il est aussi nécessaire de renforcer la coordination entre les services et acteurs qui interviennent dans la gestion des risques, mais surtout les doter de nouveaux moyens pour leur permettre d’y faire face. Il est clair, et ce n’est pas un cas spécifique à l’Algérie, que les moyens actuels de lutte contre les catastrophes ne suffisent plus à faire face aux nouveaux risques majeurs qui émergent.

L’autre facteur, lequel est fondamental, est l’implication ou le peu d’implication des collectivités locales dans la prévention des risques majeurs. Les inondations qui affectent les villes à chaque saison des pluies relancent,chaque année, le débat sur les opérations de curage des oueds et des avaloirs. L’inefficacité des services communaux de voiries, des services chargés de l’hydraulique et de l’assainissement au niveau des wilayas, sont souvent mis à l’index. Et c’est le cas, car ce processus est souvent négligé ou mal appréhendé par les collectivités locales. Au-delà, les collectivités locales sont appelées à une refonte de leur approche des risques majeurs. Ces derniers doivent être impérativement être au cœur d’une vision rénovée des territoires, de leur gestion et de leur aménagement et ainsi que de la manière de concevoir les villes. Il s’agit enfin d’impliquer la société civile et les citoyens afin d’ancrer des habitudes à même de contribuer à réduire l’impact des activités humaines sur l’environnement immédiat et sur l’étendue des risques.

Il est temps d’asseoir un plan durable à même de répondre à une conjoncture particulière en termes de risques majeurs ou de catastrophes naturelles.La démarche doit être pluridisciplinaire sur la base d’une coordination de tous les segments de la société et des collectivités locales. L’implication de la société civile est une condition sine qua non pour pouvoir sensibiliser de la dangerosité de la situation en rapport avec le dérèglement climatique. Le civisme est de mise pour atteindre un niveau de gestion de risque d’une manière qui échappe aux errements des responsables de la chose publique au niveau des communes.La responsabilité est collective en premier lieu, mais l’engagement des collectivités locales est de mise, surtout quand le plan de gestion de cette situation d’une manière anticipée est absent.

Hocine Fadheli

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