ContributionDébats

La stratégie de l’Algérie face à lacrise alimentaire

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international.

L’indice des prix des produits alimentaires de la FAO est une mesure de la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires composé des cinq groupes de produits de base, pondérée selon la part respective moyenne des exportations de chacun des groupes.

Cet indice, régulièrement actualisé a évolué en dents de scie ces dernières années. Cette année, l’Indice des prix des produits alimentaires recule mais très légèrement où le repli en février 2023s’explique par un important recul des indices des prix des huiles végétales et des produits laitiers et une faible baisse des indices des prix des céréales et de la viande, qui font plus que compenser une nette hausse de l’indice des prix du sucre. Pour les céréales , le niveau de l’indicede février 2023,s’expliquepar lesinquiétudes que suscite actuellement le temps sec dans les principales régions de production de blé dur rouge d’hiver aux États-Unis d’Amérique,la forte demande de l’Australie, et la vive concurrence entre les pays exportateurs ce qui a contribué au plafonnement de la hausse des prix, maiségalementpar la dégradation des conditions en Argentine, ainsi que par des retards dans les semis de la seconde culture de maïs et un rythme d’exportation soutenu au Brésil, tandis que la faible demande à l’importation aux États-Unis d’Amérique a pesé sur les prix du maïs à l’exportation.Pour leur part, les prix internationaux du riz se sont tassés de 1,0% en février, car les activités commerciales ont ralenti dans la plupart des principaux pays exportateurs d’Asie, alors que leurs monnaies nationales se déprécient face au dollar US.La faiblesse persistante de l’indicedes huiles végétales s’explique par le recul des prix des huiles de palme, de soja, de tournesol et de colza, oùles prix mondiaux de l’huile de soja ont continué à baisser, sous l’effet d’une diminution des achats dans les principaux pays importateurs et de la hausse de la production attendue en Amérique du Sud. En ce qui concerne l’huile de tournesol et l’huile de colza, les cours mondiaux ont poursuivi leur trajectoire descendante, tirés vers le bas par l’abondance des disponibilités exportables dans le monde. Lesprix des produits laitiers, ont connu unfléchissementen février 2023,les reculs les plus nets étant à mettre au compte du beurre et du lait écrémé en poudreen raison d’une demande mondiale faible, en particulier en ce qui concerne les livraisons à court terme, ce qui est à l’origine de cette baisse des prix, malgré l’augmentation notable des achats ces dernières semaines dans l’Asie du Nord.Pour l’indice des prix de la viande, selon le rapport de la FAOà la différence des autres catégories de produits, la plupart des prix utilisés pour calculerl’Indice FAO des prix de la viande ne sont pas disponibles au moment où l’Indice général a été calculé et c’est pourquoi la valeur de l’Indice des prix de la viande concernant les mois les plus récents est obtenue en panachant des projections chiffrées et des prix avérés. Les prix internationaux de la viande de volaille ont accusé leur huitième mois consécutif de baisse, sous l’effet d’une offre mondiale abondante et d’une demande à l’importation moins soutenue, malgré les épidémies de grippe aviaire qui sévissent dans plusieurs des principaux pays producteurs.Après avoir baissé sans interruption depuis juin 2022, les prix de la viande bovine sont restés stables, car la reprise des achats à l’importation, en particulier en Asie du Nord, a plutôt bien équilibré la demande mondiale et l’offre actuelle. Les prix internationaux de la viande ovine ont eux aussi globalement peu évolué, car la demande mondiale était suffisante pour absorber l’offre abondante en provenance d’Australie. Enfin l’indicedes prix du sucre a connu un rebond en février principalement lié à la révision à la baisse apportée aux prévisions concernant la production de sucre en Inde en 2022-2023, qui a affaibli les perspectives d’exportation avec descraintes quant à une baisse des disponibilités exportables en provenance d’Inde dans un contexte de forte demande mondiale à l’importation. Toutefois, la bonne avancée des récoltes en Thaïlande et des précipitations abondantes dans les principales régions de production du Brésil ont empêché une hausse des prix plus marquée, combiné aufléchissement des cours internationaux du pétrole brut et des prix de l’éthanol au Brésil quia également contribué à limiter la pression haussière sur les prix mondiaux du sucre.

Les quatre piliers de lasécurité alimentaire

La dimension nutritionnelle fait partie intégrante du concept de sécurité alimentaire.Les quatre piliers de la sécurité alimentaire sont la disponibilité, l’accès,l’utilisation et la stabilité, la dimension nutritionnelle faisantpartie intégrante du concept de sécurité alimentaire. Selonun rapport de l’ ONUdu 06 juillet 2022, 2,3 milliards de personnes (29,3% de la population mondiale) étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2021 – soit 350 millions de personnes de plus qu’avant la pandémie de covid‑19. Près de 924 millions de personnes (11,7 % de la population mondiale) étaient confrontées à une insécurité alimentaire grave, soit une augmentation de 207 millions de personnes en deux ans. Avec l’impact du réchauffement climatique toujours, selon l’ONU,la sécheressedevrait frapper durementnotamment l’Afriquedontle Maghrebqui ce qui accentuera la crise alimentaire donc le processus inflationniste et les flux migratoirescorrélée avec la pénurie d’eau -2,2 milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à de l’eau potable à leur domicile-avec lesrisquesde crise politiques et sociales et éventuellement des guerrepour le partage de l’eau,à travers tous lescontinents. Les prix des denrées alimentaires, déjà en hausse depuis le second semestre 2020, ont atteint un niveau record en février 2022 en raison de la forte demande, des coûts des intrants et du transport, mais aussi des perturbations du trafic portuaire. Les prix du blé et de l’orge, par exemple, ont augmenté de 31% dans l’ensemble du monde au cours de l’année 2021. Les prix de l’huile de colza et de l’huile de tournesol ont affiché une hausse de plus de 60%. La forte demande et la volatilité des prix du gaz naturel ont également fait grimper les coûts des engrais. C’est ainsi que le prix de l’urée, un important engrais azoté, a plus que triplé au cours des 12 derniers mois.Et se pose l’impact du conflitentre la Russie et l’Ukraine sur la sécurité où ces deux pays assurent réalisent plus d’un tiers des exportations mondiales de céréales.Ce sont aussi de grands fournisseurs de colza, qui d’autre part réalisent 52% des exportations mondiales d’huile de tournesol. En effet, les perturbations subies par la production et les filières d’approvisionnement et d’acheminement des céréales et des graines oléagineuseset les restrictions imposées aux exportations de la Russie ontdes répercussions sensibles sur la sécurité alimentaire. Cela est particulièrement le cas des pays qui dépendent des importations de blé et se procurent 30 %, voire plus, de leur blé auprès de la Russie et de l’Ukraine, bon nombre de pays se situant en Afrique, en Asieau Proche-Orient, et en Europe.

Qu’en est- il pour l’Algérie ?

Au préalable , il est utile de souligner que leprésident de la République a dénoncé, lors des Assises nationalesde l’agriculture,la confusion entre régulation et restriction aveugle des importations qui paralysentà la fois l’appareil de production et accentuent le processus inflationnisteet amis en garde contre des chiffres erronés ayantinsisté sur l’accélération de la numérisation de tous les secteurs

En Algérie, les besoins de consommation de blé tournent autour de 11/12 millions de tonnes par an, et l’Algérie a recours à l’importation pour combler le besoin en cette matière. Durant la campagne céréalières 2021/2022 (de juin à fin mai), l’Algérie a importé 10,6 millions de tonnes de céréales, contre 13,1 millions de tonnes durant la campagne 2020/2021. Selon les prévisions de l’USDA, l’Algérie produira durant la campagne 2022/2023, 3,3 millions de tonnes de blé et 1,2 million de tonnes d’orge. L’Algérieambitionneun rendement de 30/35 quintaux à l’hectare mais étant un pays semi aride, ce tauxreste tributairedes nouvellesdes techniques d’irrigation et du niveaudes précipitations dans le pays. Toutefois existe un écart encore important entre l’offre et la demandeoù lafacture d’importation des produits alimentaires en Algérie a dépassé les 10 milliards de dollars, en 2021/2022 et qu’en sera-t-il entre 2023/2024 avec la persistance de l’inflation mondiale. L’Algérie doit accroître la production interne pour réduire la facture d’importation?Des incitations ont été mises en place oùle prix d’achat est passé pour leblé durde 4500 dinarsà 6000 dinarsle quintal , de 3500 dinars à 5000 Da pour le blé tendre, de 2500 dinarsà 3400 dinarspour l’orge et de 1800 dinarsà 3400 dinars pourl’avoine avecun renforcement de la flotte de camions dédiée au transport des céréales, en particulier dans le Sud , 610 silos et points de stockage étant mobilisés, avec une capacité de stockage de l’ordre de 44,5 millions de quintaux.Le sud avecla nappe de l’Albien étantla plus grande nappe d’eau souterraine au monde, étant à cheval sur trois pays, l’Algérie(70%) , la Libye (20%) et la Tunisie(10%) .,recelant plus de 50.000 milliards de mètres cubes d’eau, l’équivalent de 50.000 fois le barrage de Beni Haroun peut permettre la dynamisation de l’agriculture saharienne. Mais, l’on doitréaliser une étude sérieuse du coût d’exploitation dans la mesureoù dans le Sud,est confronté àde violentes tempêtes de sable, etl’eau de cette nappe non renouvelable est à un niveau de profondeur élevé,saumâtre et chargée d’acide, pouvantendommagerles canalisations, nécessitantdoncd’importants investissements etun pompage doit être raisonnable afin de ne pas briser l’écosystème.

En conclusion, la sécurité alimentaire est le fondement dela sécurité nationale. Face aux impacts irréversibles du réchauffementclimatique et à la pression démographique mondiale ,s’impose pour l’humanité la nécessaire transition fondée sur un nouveau modèle de production alimentaire et doncde consommation alimentaire, économisant l’eau qui deviendra l’enjeumajeurdu XXIème siècle afin d’assurerla sécurité alimentaire et par voie de conséquence la sécurité mondiale.

A. M.

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