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Nouvelles incitations fiscales pour les paiements électroniques: L’Algérie accélère sa transition numérique

Le gouvernement renforce son engagement dans la transformation digitale du secteur financier avec la publication récente d’un arrêté ministériel définissant les modalités d’application de la réduction de l’impôt sur les bénéfices des sociétés pour les institutions financières facilitant les transactions électroniques. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique à travers la promotion des technologies numériques, alors que le pays connaît déjà une croissance spectaculaire des paiements dématérialisés.

Selon l’arrêté paru au dernier Journal Officiel, les banques commerciales et Algérie Poste bénéficieront désormais d’allègements fiscaux sur les commissions relatives aux transactions réalisées par moyens de paiement électronique. Concrètement, le montant des commissions hors taxes prises en charge par ces institutions au titre des paiements électroniques en monnaie nationale sera admis en réduction de la base imposable à l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Le texte précise que cette mesure concerne aussi bien les établissements agissant en qualité d’acquéreur des opérations de paiement électronique que ceux émettant des moyens de paiement dématérialisés. Le centre monétique interbancaire et le centre de précompensation interbancaire, prestataires techniques du processus, sont également mentionnés comme acteurs clés du dispositif. L’incitation fiscale est plafonnée au montant de la commission globale annuelle interbancaire, calculée conformément à la tarification en vigueur. Pour en bénéficier, les institutions financières devront fournir un état détaillé sur support électronique accompagnant leur déclaration annuelle de résultat. Cette mesure, applicable pour une période initiale de douze mois à compter du 1er janvier 2025, intervient dans un contexte de forte accélération de la digitalisation des services financiers en Algérie, comme en témoignent les dernières statistiques publiées par le Groupement d’Intérêt Économique de la Monétique (GIE Monétique). L’écosystème du paiement électronique affiche en effet une santé remarquable, avec un montant cumulé des paiements tous canaux confondus (TPE, internet et mobile) atteignant 643,8 milliards de dinars en 2024, en hausse de 48,3% par rapport à l’année précédente. Cette progression s’explique notamment par une explosion des transactions via mobile qui transforme radicalement les habitudes de consommation. Les transferts de fonds entre particuliers (P2P) ont ainsi doublé en valeur, bondissant de 109% pour atteindre 503,68 milliards de dinars en 2024, contre 241 milliards en 2023. Le nombre de ces transferts réalisés à travers les applications BaridMob et Wimpay a également connu une hausse fulgurante de 103%, passant de 17,8 millions à 36,2 millions de transactions. Parallèlement, les paiements en ligne ont progressé de 61% pour s’établir à 51,9 milliards de dinars, tandis que les achats chez les webmarchands via mobile ont enregistré une croissance de 49% en volume et de 56% en valeur, atteignant 43,59 milliards de dinars. Cette dynamique s’appuie sur des avancées structurelles significatives dans l’écosystème financier national. La mise en place de l’interopérabilité en juin 2024 constitue une étape décisive qui a permis d’étendre l’offre de services au-delà des trois institutions pionnières que sont la Banque Nationale d’Algérie, Al Salam Bank Algeria et Algérie Poste. Depuis janvier 2025, cinq banques supplémentaires proposent désormais ces services à leurs clients, contribuant à démocratiser l’usage du portefeuille électronique. L’infrastructure technique soutenant cette révolution numérique continue également de se renforcer. Le nombre de webmarchands adhérents au système électronique interbancaire a augmenté de 107 pour atteindre 582 acteurs, tandis que le parc de Terminaux de Paiement Électronique (TPE) s’est densifié de 28%, comptant désormais 68.140 unités. Cette expansion du réseau d’acceptation a généré une augmentation de 40% du nombre de transactions par TPE, qui ont atteint 5,58 millions d’opérations pour un montant total de 44,56 milliards de dinars, en hausse de 41%. Si le secteur des télécommunications reste le principal bénéficiaire des paiements en ligne avec près de 9,83 millions de transactions sur un total de 19 millions, d’autres secteurs affichent des taux de croissance impressionnants qui témoignent d’une diversification progressive des usages : les Grands facturiers (+125%), la Vente de biens (+107%), le Transport (+104%) et les Assurances (+66%). Un indicateur particulièrement révélateur de cette transformation des habitudes de paiement est l’évolution du ratio paiements électroniques/retraits, passé de 0,1 en 2023 à 0,2 en 2024. Cette progression, bien que modeste, signale selon le GIE Monétique une tendance de fond vers moins de retraits d’espèces au profit des paiements dématérialisés, et ce malgré une hausse de 13% du nombre total d’opérations de retrait sur les distributeurs automatiques, qui a atteint 197,3 millions de transactions représentant 3.691,6 milliards de dinars. Les nouvelles incitations fiscales annoncées par le gouvernement s’inscrivent ainsi dans un effort cohérent pour accélérer cette transition vers une économie moins dépendante du cash, un objectif stratégique dans le cadre de la diversification économique du pays. En encourageant les institutions financières à investir davantage dans les infrastructures de paiement électronique, les autorités espèrent stimuler l’inclusion financière et la formalisation de l’économie, tout en réduisant les coûts liés à la gestion du numéraire. Cette politique de dématérialisation des paiements s’avère également cruciale pour le développement du commerce électronique et l’émergence d’un écosystème de startups innovantes, deux vecteurs essentiels de création d’emplois et de croissance économique durable dans un contexte de diversification post-pétrolière.

Sabrina Aziouez

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