Transition énergétique: Le Secrétaire général de l’OPEP appelle à une vision plus équilibrée
Le Secrétaire Général de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), Haitham Al Ghais, vient de publier une analyse percutante qui remet fondamentalement en question l’utilisation du terme « vert » dans le discours politique relatif à la transition énergétique contemporain. Dans une tribune publiée sur le site web de l’OPEP, Al Ghais s’interroge sur la pertinence et les implications de cette étiquette largement utilisée mais rarement définie avec précision. Cette intervention survient à un moment où les gouvernements du monde entier intensifient leurs efforts pour atteindre la neutralité carbone, souvent en privilégiant certaines technologies qualifiées de « vertes » au détriment d’autres sources d’énergie. « Certaines sources d’énergie sont qualifiées de vertes. Un tel terme ou slogan peut occulter les réalités énergétiques. Il est important d’explorer ce que ‘vert’ signifie réellement », affirme d’emblée Al Ghais, posant ainsi les bases d’une réflexion plus nuancée sur la transition énergétique. Le responsable de l’OPEP souligne que si « vert » fait référence à l’absence d’émissions de gaz à effet de serre, alors l’empreinte carbone complète d’une source d’énergie devrait être prise en compte, y compris les processus de production et le transport, ce qui nuance considérablement la classification actuelle. L’article met en lumière des faits souvent négligés dans le discours public. Par exemple, Al Ghais rappelle que « la fabrication, l’installation, l’exploitation et le démantèlement éventuel des éoliennes et des panneaux solaires entraînent des émissions de gaz à effet de serre. » Il précise notamment que l’acier, le ciment et les plastiques, essentiels à ces technologies, sont produits par des processus intensifs en émissions. « Environ 70% de l’acier mondial est produit à partir de minerai de fer en utilisant des processus basés sur le charbon », note-t-il, soulignant ainsi les contradictions inhérentes à certaines solutions présentées comme écologiques. Le paradoxe de l’électrification, souvent présentée comme une solution miracle, est également mis en exergue par le Secrétaire Général. « ‘Tout électrifier’ est souvent décrit comme un moyen de devenir vert. Pourtant, l’année 2024 a vu la production d’électricité à partir du charbon atteindre un niveau record, sans précédent dans l’histoire humaine », révèle-t-il, ajoutant que « les émissions mondiales de CO2 provenant des centrales électriques au charbon ont atteint un nouveau record historique en 2024, et devraient être encore plus élevées en 2025. » Al Ghais élargit également sa réflexion à l’impact écologique global. « Si vert signifie être en harmonie avec la nature, il faudrait tenir compte de l’impact écologique complet d’une source d’énergie », déclare-t-il, avant de détailler comment l’installation d’éoliennes terrestres ou de fermes solaires commence souvent par le défrichement de terrains, perturbant potentiellement les habitats animaux et les voies migratoires. La question du recyclage est également abordée de manière frontale. « Selon le New York Times, les ingénieurs ont prédit que plus de 43 millions de tonnes de déchets de décharge seront générés par les pales d’éoliennes dans le monde d’ici 2050 », indique Al Ghais, ajoutant que « l’Agence internationale pour les énergies renouvelables a calculé que les déchets annuels de panneaux photovoltaïques en fin de vie devraient augmenter pour atteindre plus de 60 à 78 millions de tonnes métriques cumulativement d’ici 2050. » Loin de rejeter les énergies renouvelables, le Secrétaire Général reconnaît leur importance : « Les panneaux solaires et les éoliennes sont des technologies extraordinaires. Ils constituent une composante nécessaire du mix énergétique, surtout avec la croissance de la demande énergétique prévue dans les décennies à venir. » Cependant, il cite l’historien de l’énergie Jean-Baptiste Fressoz en rappelant qu' »il est déraisonnable d’attendre davantage des panneaux solaires et des éoliennes que ce qu’ils peuvent offrir. » « L’avenir concerne toutes les énergies, peu importe la couleur sous laquelle elles sont étiquetées. Nous avons besoin de solutions, pas de slogans », conclut Al Ghais, appelant ainsi à une approche pragmatique plutôt qu’idéologique des défis énergétiques mondiaux.
Amar Malki