Une réunion de coordination sur le SoutH2 Corridor prévue à Alger : L’Algérie au cœur du futur marché de l’Hydrogène vert
L’Algérie accueillera dans les prochains mois une rencontre de coordination réunissant l’ensemble des parties prenantes au projet SoutH2 Corridor, le pipeline de 3 300 kilomètres destiné à acheminer de l’hydrogène vert algérien vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.
Intervenant sur les ondes de la Radio algérienne, Khalil Hedna, directeur de l’information et de la communication au ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables a détaillé, jeudi, les contours de cette initiative d’envergure. La rencontre, organisée à l’initiative d’Alger, « se penchera sur les mécanismes de concrétisation de ce grand projet, qui représente un saut qualitatif » dans le domaine de l’hydrogène vert, a précisé Khalil Hedna. Autour de la table : les représentants de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Italie, de l’Autriche et de l’Allemagne, soit les cinq pays traversés par ce corridor énergétique d’un nouveau genre. L’objectif affiché est de « coordonner les actions à entreprendre pour la réalisation de ce projet, qui a vocation à renforcer la transition énergétique dans la région, tout en confortant la place centrale de l’Algérie sur la scène énergétique ». L’enjeu est considérable. Le SoutH2 Corridor prévoit le transport de quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an, en s’appuyant dans un premier temps sur les infrastructures gazières existantes. Côté industriel, le consortium réunit Sonatrach pour l’Algérie, Snam et Sea Corridor pour l’Italie, VNG pour l’Allemagne et Verbund pour l’Autriche. Ces acteurs avaient déjà signé un protocole d’accord à Oran en octobre 2024 pour lancer les études de faisabilité, de viabilité et de rentabilité. En janvier 2025, les ministres de l’Énergie des cinq pays avaient formalisé leur engagement par une déclaration d’intention commune signée à Rome, reconnaissant « le grand potentiel de l’Algérie et de la Tunisie en matière de production d’énergie renouvelable et d’hydrogène vert ». L’inscription du corridor, en décembre dernier, sur la liste des projets énergétiques transfrontaliers d’intérêt commun de Bruxelles a ouvert la voie à des procédures d’autorisation accélérées et à un éventuel soutien financier européen, donnant au projet une crédibilité supplémentaire sur les marchés.
Le SoutH2 Corridor ne constitue pas un projet isolé. Khalil Hedna a souligné qu’il « s’ajoute au projet d’interconnexion électrique pour l’exportation de l’électricité algérienne décarbonée vers l’Italie ». Ce second chantier, piloté conjointement par Sonelgaz, Sonatrach et le groupe italien ENI, prévoit la pose d’un câble sous-marin reliant les deux rives de la Méditerranée. Les études « avancent rapidement », selon le responsable. La complémentarité entre les deux projets dessine les contours d’une stratégie algérienne ambitieuse : devenir un fournisseur majeur d’énergie décarbonée pour le Vieux Continent, en capitalisant sur un ensoleillement parmi les plus élevés au monde et sur des infrastructures de transport déjà éprouvées.
Sonelgaz : des centrales au Burkina Faso et au Mozambique
Sur le front africain, le responsable du ministère a annoncé que Sonelgaz « s’apprête à lancer des projets de réalisation de centrales électriques au Burkina Faso et au Mozambique ». Le groupe public national, déjà engagé dans la construction d’une centrale à Niamey au Niger, entend dupliquer son modèle de coopération Sud-Sud en mettant « son expertise à la disposition des partenaires africains via la formation spécialisée », avec la création de dépôts de matériel alimentés en équipements et pièces de rechange produits localement.
Sur le plan domestique, le programme de déploiement de 15 000 mégawatts de capacités solaires d’ici 2035 avance « à pas sûrs », a assuré Khalil Hedna. La première phase, d’une capacité totale de 3 200 MW, est lancée sur plusieurs wilayas du sud et des Hauts-Plateaux. Plusieurs centrales entreront en service dès cette année pour un total de 1 480 MW. Les chiffres communiqués par le responsable témoignent d’une montée en puissance progressive : le taux de réalisation atteint 93 % à Tendla (El Meghaier, 200 MW), 86 % à El Ghrous (Biskra, 200 MW), 76 % à El Foulia (El Oued, 300 MW) et 62 % à Khenguet Sidi Nadji (Biskra, 150 MW), tandis que les sites d’Ouled Djellal, d’Abadla (Béchar) et de M’sila affichent un avancement de 50 %. Ce socle solaire national constitue la condition sine qua non de toute la stratégie hydrogène vert : sans électricité renouvelable abondante et bon marché, la production d’hydrogène par électrolyse resterait une promesse sans substance. C’est précisément la crédibilité de cette brique amont qui fait aujourd’hui de l’Algérie un partenaire courtisé par les Européens dans la course à la décarbonation.
Samira Ghrib

