L’Algérie renforce sa coopération énergétique avec l’Amérique Latine
Alger regarde vers le Sud — pas seulement vers l’Afrique, mais bien au-delà de l’Atlantique. La visite à Alger, mardi et mercredi, d’Andrès Rebolledo Smitmans, secrétaire exécutif de l’Organisation latino-américaine et caribéenne de l’énergie (OLACDE), a débouché sur la signature d’une feuille de route de coopération avec le ministère des Hydrocarbures. Un document discret dans sa forme, mais qui dit quelque chose sur la direction que l’Algérie entend donner à sa diplomatie énergétique. C’est Mohamed Arkab, ministre d’État chargé des Hydrocarbures, qui a reçu le dirigeant de l’organisation régionale. Autour de la table : le PDG de Sonatrach Nour Eddine Daoudi, le président de l’ALNAFT Samir Bekhti et celui de l’Autorité de régulation des hydrocarbures Amine Remini. Du beau monde pour une réunion que le communiqué officiel décrit avec la sobriété habituelle, mais dont les enjeux méritent qu’on s’y arrête. L’Algérie est membre observateur de l’OLACDE depuis 2001. Elle a obtenu le statut d’observateur permanent en 2018. Vingt-cinq ans de relation, donc, sans que cela ait jamais fait grand bruit. La feuille de route signée mardi vise à changer ça : elle pose un cadre opérationnel pour lancer des projets conjoints et des programmes d’échange d’expertises dans les domaines de l’exploration, de la production et de la valorisation des ressources, mais aussi de la formation et de la recherche.
Sur le fond, Arkab a dit ce qu’on attend d’un ministre des Hydrocarbures dans ce type de rencontre, mais avec un accent qu’il convient de noter. Il a appelé à «des approches équilibrées qui tiennent compte des spécificités des pays en développement et favorisent une transition énergétique juste et durable sans compromettre la sécurité énergétique». La formule est rodée — l’Algérie la défend dans presque tous les forums internationaux — mais elle prend ici un sens particulier, face à des interlocuteurs d’Amérique latine et des Caraïbes qui partagent largement la même posture : pays producteurs, pays du Sud, refusant d’être sommés d’abandonner leurs ressources fossiles avant d’avoir trouvé une alternative viable.
Rebolledo Smitmans, de son côté, a mis en avant «l’expertise» algérienne et sa position de «partenaire fiable», saluant la contribution d’Alger «au développement des ressources humaines et à la promotion de la recherche et de l’innovation» au sein de l’organisation. Des louanges protocolaires, certes, mais qui reflètent aussi une réalité : Sonatrach reste un opérateur reconnu, et l’Algérie d’être traitée un interlocuteur crédible dans les discussions sur les marchés pétroliers et gaziers. La rencontre a aussi été l’occasion d’un échange sur l’état des marchés mondiaux. Les deux parties ont souligné «l’importance de renforcer la coordination entre les pays producteurs, afin d’assurer la sécurité des approvisionnements et la stabilité des marchés internationaux». Une préoccupation partagée, à l’heure où les prix du brut restent sous pression sur fond de guerre au Moyen-Orient de tensions du le détroit d’Ormuz.
Ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie plus large que l’Algérie cherche à consolider depuis quelques années : la coopération Sud-Sud comme levier d’influence et comme réponse aux injonctions d’un Nord qui demande au Sud global de décarboner sans offrir les financements nécessaires pour le faire. Arkab a d’ailleurs «réitéré l’engagement de l’Algérie à soutenir le dialogue et la coopération internationale» dans ce cadre. Le message est clair : Alger n’entend pas rester spectatrice des grandes négociations énergétiques mondiales et diversifie ses alliés.
Samira Ghrib

