Incidents ayant émaillé la demi-finale de la Coupe de la CAF : A Safi, rien n’était laissé au hasard
Une organisation marocaine des droits de l’homme met en cause les autorités du Makhzen.
Avant même que l’arbitre ne siffle le coup d’envoi de la demi-finale retour de la Coupe de la Confédération de la CAF, le stade de Safi avait déjà livré son verdict : les joueurs de l’USM Alger n’étaient pas les bienvenus. Ce qui s’est passé le 19 avril dernier au Maroc ne ressemble à aucun débordement ordinaire. Une organisation marocaine de défense des droits de l’homme l’a dit elle-même, noir sur blanc : ce n’était pas un simple « relâchement des foules », c’était une défaillance organisée. L’Organisation marocaine des droits de l’homme et de lutte contre la corruption a publié un rapport accablant sur les incidents qui ont émaillé la rencontre entre l’OC Safi et l’USM Alger, comptant pour la demi-finale retour de la Coupe de la Confédération africaine. Rendu public et relayé par l’APS, ce document ne se contente pas de décrire des scènes de chaos. Il désigne clairement les responsabilités : les autorités marocaines ont failli à leurs obligations élémentaires de sécurité, et cette défaillance, selon l’organisation, n’est pas accidentelle. Les faits établis par le rapport sont précis. Des billets — y compris des entrées gratuites — ont été distribués de manière opaque et incontrôlée. Des milliers de supporters ont pénétré dans l’enceinte sans vérification rigoureuse des identités. Des individus masqués ont pris place dans les tribunes, en violation flagrante des normes de sécurité élémentaires applicables à tout événement sportif de ce niveau. Des personnes sans ticket ont infiltré le stade sans être interceptées. Et lorsque les premières échauffourées ont éclaté, elles n’ont pas été contenues : elles ont dégénéré en émeutes. L’organisation parle de « dysfonctionnement structurel dans le système d’organisation et de sécurisation », une formulation qui exclut toute lecture de l’incident comme un simple accident.
Sur le terrain, la scène était sans équivoque. Quelques minutes avant le coup d’envoi prévu à 20h00, des supporters marocains ont envahi la pelouse. Puis les attaques ont commencé : des joueurs de l’USMA ont été agressés physiquement, ainsi que des membres du staff du club algérois. Tarek Hadj Adlane, entraîneur adjoint de l’USMA et ancien international algérien, a lui-même été touché. « Tout était planifié depuis le début », a-t-il déclaré après le match au micro de la chaîne El Bilad, sans ambiguïté. « Nos supporters ont été victimes d’agressions sauvages. Les joueurs ont également été victimes d’agressions lâches, moi y compris. » Il a ajouté, cinglant : « Le stade ne dispose même pas des conditions minimales de sécurité. Comment a-t-il pu être homologué ? »
La question mérite d’être posée, et le rapport marocain lui-même y répond en partie. L’organisation pointe « l’absence de mécanismes techniques modernes de contrôle des accès » et « le manque de coordination entre les entités chargées de l’organisation et de la sécurité ». Elle qualifie la présence de supporters masqués de « signe alarmant », estimant qu’elle favorise les comportements agressifs par le sentiment d’impunité qu’elle génère — et qu’elle laisse entière la possibilité d’une « intention préméditée de créer le chaos ». Ce sont des mots forts, dans un rapport émanant d’une organisation marocaine, à propos d’un match joué au Maroc. Ils confirment ce que la délégation algérienne a vécu.
Le coup d’envoi a finalement été retardé de quatre-vingts minutes. Le match a débuté à 21h20. Dans ce contexte d’intimidation, de pression et d’hostilité organisée, les joueurs de l’USMA ont pourtant foulé la pelouse. Et ils ont tenu. Le score nul, un but partout, leur a suffi pour arracher leur qualification en finale de la Coupe de la Confédération. Une qualification obtenue malgré tout — et c’est là que réside, au-delà du scandale, la réponse sportive du club algérois.
Mais la qualification ne saurait clore l’affaire. Le rapport de l’organisation marocaine conclut que ce qui s’est produit à Safi « ne peut être considéré comme un incident isolé ». Il appelle à « une réforme profonde dans le système de gestion des espaces sportifs » et réclame « une responsabilité légale stricte ». Ces mots sont ceux d’une instance civile marocaine, pas d’une source algérienne. Ce point, il faut le retenir : ce n’est pas Alger qui accuse Rabat, c’est une organisation marocaine indépendante qui documente les manquements des autorités de son propre pays.
La CAF, qui a laissé se disputer cette rencontre dans un stade dont l’homologation est désormais questionnée, devra elle aussi répondre de ses responsabilités. L’USMA a sauvé sa finale. La crédibilité du football africain, ce soir-là à Safi, a pris un coup dont les traces ne s’effaceront pas avec le coup de sifflet final.
Moncef Dahleb

