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Guerre au Moyen-Orient : Plus de 32 millions de personnes menacées de pauvreté

Soixante et un jours après le déclenchement des hostilités, la guerre que les États-Unis et l’entité sioniste ont lancée contre l’Iran le 28 février continue de produire ses effets bien au-delà des théâtres de combat. Ce sont les populations les plus vulnérables de la planète qui en paient le prix, et les chiffres que livre le Programme des Nations unies pour le développement sont sans appel : même si les armes s’étaient tues dès la sixième semaine du conflit, 32 millions de personnes réparties dans 160 pays auraient basculé dans la précarité. Le conflit continue. Le compteur tourne. C’est en marge du G7 développement réuni à Paris qu’Alexander De Croo, administrateur du PNUD et ancien Premier ministre belge, a livré cette estimation à l’AFP. « Nous avons fait une étude après six semaines de guerre et notre estimation était que, même si la guerre s’arrêtait à ce moment-là, une population de 32 millions sera poussée dans la précarité dans 160 pays », a-t-il déclaré. Le mécanisme est connu mais sa brutalité ne diminue pas : la flambée des prix de l’énergie consécutive aux tensions dans le Golfe se répercute en cascade sur le coût des denrées alimentaires, le prix des engrais, la capacité des travailleurs expatriés à envoyer des devises à leurs familles restées au pays. Ce sont l’Afrique subsaharienne, le Bangladesh, le Cambodge et les petits États insulaires en développement qui absorbent les chocs les plus violents. De Croo a évoqué, avec une formule qui résume assez bien l’absurdité comptable de la situation, le coût de la prévention face au coût de la guerre : « Vous pouvez dire que 6 milliards de dollars c’est beaucoup, mais le coût de la guerre était de 9 milliards par semaine. » Les 6 milliards qu’il appelle de ses vœux — sous forme de transferts directs aux ménages les plus exposés aux hausses de l’énergie et de l’alimentation — sont actuellement en discussion au FMI et à la Banque mondiale. Rien n’est acquis. Pendant ce temps, « pour la première fois l’année passée, la mortalité infantile a augmenté 21 ans de décroissance, parce qu’il y a eu moins de vaccinations », a-t-il constaté. Ce recul, il le met en lien direct avec la chute historique de l’aide publique au développement, qui a reculé de 23,1 % en un an sous l’effet des coupes budgétaires des principaux pays donateurs, États-Unis en tête. « C’est le développement en marche arrière », a-t-il résumé. « Cela prend des décennies pour construire des sociétés stables. Ça prend une guerre de quelques semaines pour détruire ça. »

Trump menace

Sur le plan diplomatique, la situation reste bloquée et les signaux envoyés depuis Washington ne laissent guère de place à l’optimisme. Donald Trump a publié mercredi sur sa plateforme Truth Social un message à destination de Téhéran dont le ton tranche avec celui d’une chancellerie engagée dans une négociation sérieuse : « L’Iran n’arrive pas à se ressaisir. Ils ne savent pas comment signer un accord non nucléaire. Ils feraient mieux de devenir intelligents rapidement. » Le message était illustré d’une image montrant le président américain en costume sombre et lunettes de soleil, tenant une arme à feu sur fond d’explosions. La veille, en présence du roi Charles III, Trump avait affirmé que les États-Unis avaient « vaincu militairement » l’Iran, ajoutant que Washington ne laisserait jamais Téhéran « posséder une arme nucléaire ».

Le calendrier des négociations rend compte, lui aussi, de la profondeur des obstacles. Un cessez-le-feu avait été annoncé le 8 avril sous médiation pakistanaise, ouvrant la voie à des pourparlers à Islamabad les 11 et 12 avril. Ces discussions n’ont débouché sur rien. La trêve a été prolongée à la demande d’Islamabad dans l’attente d’une contre-proposition iranienne. Lundi, Trump avait signalé qu’il n’était pas prêt à accepter le plan avancé par Téhéran, qui proposait la réouverture du détroit d’Ormuz tout en renvoyant à une date indéterminée les discussions sur le dossier nucléaire. Ce détroit, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial avant le 28 février, reste fermé. Sa fermeture a mécaniquement redirigé une partie du trafic maritime vers le canal de Panama, dont le gouvernement panaméen a tenu, mardi, à réaffirmer la « neutralité » et la nécessité de « préserver » les voies de transit face à la désorganisation des routes maritimes dans le Golfe.

L.S.

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