Fuite d’un enregistrement audio d’un responsable au RND : Bouden sort du silence
Un fichier audio de quelques minutes, attribué à un responsable de parti, a suffi à transformer le meeting de Sétif en tribunal populaire. Samedi, devant les cadres et militants du Rassemblement national démocratique réunis au Club des avocats, le secrétaire général du parti Mounder Bouden a pris la parole pour la première fois sur l’enregistrement sonore prêté à Issam Bahri, secrétaire du bureau de wilaya du RND à Constantine — à moins de deux mois des législatives du 2 juillet. L’affaire a éclaté ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Un enregistrement audio circulant largement en ligne, attribué à Issam Bahri, responsable de la fédération de Constantine du RND, laissait entendre des propos sur des pratiques d’achat de candidatures au sein du parti. Dans un contexte électoral tendu, où la campagne pour les législatives du 2 juillet n’est pas encore officiellement lancée mais où les manœuvres de positionnement battent déjà leur plein, la diffusion de cet audio a immédiatement suscité des commentaires acerbes, notamment sur les plateformes numériques. Le RND, formation fondée en 1997 et longtemps pilier de la coalition gouvernementale, n’avait jusqu’alors pas réagi officiellement.
Bouden a donc choisi Sétif pour briser le silence. Mais il l’a fait en attaquant d’abord la forme plutôt que le fond. «Dès les premiers instants de l’apparition de cet enregistrement audio suspect, nous avons tenté de comprendre la situation, avant de réaliser que l’enregistrement est tronqué et le résultat d’une provocation évidente, malgré la présence de propos irresponsables.» Une mise au point qui ne nie pas entièrement les faits, mais les relativise : le document serait incomplet, arraché à son contexte, instrumentalisé.
Sur Issam Bahri lui-même, le secrétaire général a choisi la défense de principe tout en laissant la porte ouverte à des sanctions. Il a décrit le responsable constantinois comme «un militant authentique dont le parcours est attesté par les habitants de Constantine avant même les militants du RND» — formule qui vaut brevet de loyauté — tout en précisant que «l’intéressé a demandé à êre relevé de ses fonctions après des années de bons et loyaux services» et que «la décision finale n’est pas encore tranchée». L’équilibre est calculé : ni absolution, ni exécution immédiate. Sur le fond des pratiques dénoncées, Bouden a concédé ce qu’il ne pouvait nier. «Dans le passé, il y avait certaines pratiques isolées liées à des tentatives d’achat de candidatures, et nous le regrettons.» Mais il a ajouté aussitôt : «Aujourd’hui, nous sommes devant une nouvelle page, et tout comportement suspect sera sous notre surveillance et sera confronté avec toute la rigueur nécessaire.» Le dirigeant a également rappelé le cadre légal : la loi sur les partis autorise les contributions financières, à condition qu’elles transitent par les comptes officiels du parti. Les candidats figurant sur les listes électorales peuvent, eux, contribuer aux frais de campagne dans la limite de 250 millions de centimes, conformément à la loi.
Ce qui a visiblement irrité Bouden, c’est moins le contenu de l’enregistrement que l’usage qui en est fait. Il a dénoncé «une exploitation ignoble de cet enregistrement», rappelant que «la loi incrimine les enregistrements non autorisés» et qu’il ne saurait être question de «sauter par-dessus la réalité d’un enregistrement tronqué qui tente de semer la confusion dans le processus électoral». La menace judiciaire est à peine voilée.
Mais c’est sur le terrain de la transparence que le secrétaire général a voulu conclure, dans un registre inhabituellement direct pour un apparatchik de sa génération. «Nous vous avions promis la transparence, et nous vous parlons aujourd’hui avec toute la transparence, la franchise et le courage nécessaires. Nos murs sont en verre, et nous ne craignons pas la pierre qui vole.» Une image forte, presque insolite dans la rhétorique politique, qui vise à retourner l’accusation : le parti n’a rien à cacher, ce sont ses adversaires qui manœuvrent dans l’ombre.
Il a aussi tenu à rassurer ses troupes sur un point qui touche à la cohésion interne : «Je n’abandonnerai pas facilement les cadres du RND. Ils sont le capital du parti et sa colonne vertébrale.» Avant d’ajouter la nuance qui conditionne tout : «à moins qu’il ne soit définitivement prouvé qu’ils sont impliqués dans une violation des lois de la République.»
Reste à savoir si ce discours suffira à éteindre l’incendie. À sept semaines du scrutin, l’affaire de l’enregistrement de Constantine s’est déjà invitée dans le débat sur la moralisation de la vie politique.
Hocine Fadheli

