Une mission technique algérienne de haut niveau au Tchad : Passer des accords aux chantiers
Trois jours, cinq organismes publics, un objectif : transformer en réalité les engagements signés il y a dix jours à peine.
Une délégation technique algérienne de haut niveau se rend ce dimanche à N’Djamena pour une visite de travail de trois jours — les 3, 4 et 5 mai — consacrée à la mise en œuvre des accords de coopération conclus entre l’Algérie et le Tchad dans le domaine des travaux publics et des infrastructures de base. C’est le département d’Abdelkader Djellaoui qui a annoncé la mission dans un communiqué diffusé samedi. Selon le communiqué du ministère, la commission est composée de représentants de cinq entités : le ministère des Travaux publics lui-même, l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, l’entreprise publique Cosider Travaux Publics, la Société nationale des travaux publics (SNTP) et l’Organisme national de contrôle technique des travaux publics (CTTP). La diversité de cette composition — un ministère, une agence de coopération, deux entreprises publiques d’exécution et un organisme de contrôle — indique que la visite ne relève pas de la diplomatie de façade mais d’un travail opérationnel : identifier les projets, évaluer les besoins, définir les mécanismes d’exécution sur le terrain.
Le ministère précise que la mission s’inscrit dans «le cadre de l’exécution des orientations des plus hautes autorités du pays visant à renforcer la coopération avec la République du Tchad», et qu’elle constitue une «étape pratique» pour traduire les accords signés en programmes de coopération et en mécanismes d’exécution concrets.
Pour comprendre la rapidité avec laquelle cette mission est organisée, il faut revenir au 22 avril dernier. C’est à cette date qu’ont été paraphés, entre Alger et N’Djamena, des mémorandums d’entente et des accords de coopération bilatérale dans le secteur des infrastructures. Ces textes, conclus entre le ministre des Travaux publics Abdelkader Djellaoui et son homologue tchadien Amir Idriss Kourda, portaient sur plusieurs axes : l’échange d’expertises techniques pour l’entretien et le développement des infrastructures de base au Tchad, la modernisation routière, ainsi que des projets dans les domaines de l’énergie et des transports visant à désenclaver la région. La visite de dimanche est donc la première mise en mouvement concrète de ces engagements, moins de deux semaines après leur signature .
Une coopération Sud-Sud dans un contexte géopolitique chargé
Ce rapprochement algéro-tchadien dans le domaine des infrastructures s’inscrit dans une dynamique plus large de la politique africaine d’Alger. Depuis plusieurs années, l’Algérie cherche à se positionner comme partenaire de développement sur le continent, notamment dans sa profondeur sahélienne, en s’appuyant sur ses entreprises publiques de travaux publics — Cosider en tête — qui ont accumulé une expérience significative dans la réalisation de grands chantiers en Algérie même. Le Tchad, pays enclavé de près de 17 millions d’habitants partageant plus de mille kilomètres de frontière avec l’Algérie, souffre d’un déficit criant en infrastructures de base. Son réseau routier bitumé reste l’un des moins denses du continent, et ses capacités de contrôle technique des ouvrages publics sont limitées. L’implication de la CTTP dans la délégation algérienne répond précisément à ce besoin : il ne s’agit pas seulement de construire, mais aussi de former et de certifier.
Samir Benisid

