Culture

Tizi-Ouzou : Une stèle à l’effigie d’Idir inaugurée à Ath Lahcène

Six ans après sa mort, le village qui l’a vu naître lui a offert ce que les grandes scènes du monde ne pouvaient pas lui donner : une place dans la pierre, à hauteur d’homme, là où tout a commencé. Une stèle à l’effigie d’Idir a été inaugurée samedi à Ath Lahcène, dans la commune d’Ath Yenni, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, à l’occasion du sixième anniversaire de la disparition de celui qui reste, pour des millions d’Algériens et bien au-delà, la voix la plus universelle de la chanson kabyle. La cérémonie s’est tenue sur la placette du village, en présence des habitants, des autorités locales et d’élus venus témoigner d’un attachement qui ne s’est pas émoussé. Hamid Cheriet, dit Idir, est mort le 2 mai 2020. Il avait 70 ans et une carrière de 44 ans derrière lui, construite sur une exigence rare et une fidélité absolue à un patrimoine qu’il avait décidé, très tôt, de porter à la face du monde.

Tout commence en 1976 avec A Vava Inouva, chanson enregistrée presque par hasard pour une émission de radio, et qui finit par tourner dans 77 pays, traduite en une vingtaine de langues. Ce fils d’Ath Lahcène, perché dans ses montagnes de Kabylie, venait de signer l’un des tubes les plus improbables de la décennie — une berceuse kabyle devenue tube planétaire, sans trahir un seul mot de sa langue d’origine. L’homme était géologue de formation. Il est devenu musicien par vocation, et ambassadeur par la force des choses.

La discographie qui suit est celle d’un artisan obstiné : une dizaine d’albums en quatre décennies, de Les Chasseurs de lumières en 1993 à Ici et ailleurs en 2017, chacun travaillé au corps, mêlant mélodies ancestrales et arrangements contemporains sans que la couture ne se voie jamais. Sa réputation lui a ouvert des portes que peu d’artistes algériens ont franchies : Manu Chao, Francis Cabrel, Charles Aznavour, Karen Matheson, Bernard Lavilliers ont tous voulu chanter avec lui. Cheb Mami et Khaled aussi. Idir ne faisait pas de featuring par vanité. Il cherchait le dialogue, la preuve que sa culture tenait la conversation face à n’importe quelle autre. En 2018, après près de quarante ans d’absence, il était revenu en Algérie pour deux concerts à la Coupole du complexe Mohamed-Boudiaf, à l’occasion de Yennayer. La salle était pleine. Deux ans plus tard, il mourait à Paris.

M.S.

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