Béjaïa : Le musée, gardien de mémoire
La bibliothèque principale de lecture publique Tahar Amirouche de Béjaïa a accueilli mardi une conférence sur le rôle des musées dans la préservation du patrimoine et la transmission de la mémoire collective. Organisée par la Direction locale de la culture et des arts dans le cadre du Mois du patrimoine (18 avril – 18 mai), la rencontre a réuni un public attentif autour d’un universitaire qui n’a pas mâché ses mots sur ce que la société perd quand ses musées sont négligés. C’est Badis Abderrahmane, sociologue urbain à l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa, qui animait la séance. Sa thèse est nette : l’institution muséale est « garante du patrimoine et de la mémoire collective ». Pas un rôle accessoire, pas une fonction décorative — une responsabilité centrale, que les États et les sociétés assument ou abandonnent, mais qui ne disparaît pas pour autant. Le conférencier a ancré son propos dans une évolution historique. Les sociétés traditionnelles transmettaient leur mémoire par la parole, les récits, les rites. Ce tissu oral s’est effiloché avec la modernité. Les musées ont pris le relais : ils ont, selon Badis Abderrahmane, « remplacé les structures sociales orales » en assurant la continuité de ce que les anciens transmettaient de bouche à oreille. Ce glissement n’est pas anodin. Il dit quelque chose sur la façon dont une société choisit — ou subit — les formes de sa propre mémoire.
Mais le musée n’est pas qu’une archive. Le chercheur a insisté sur sa dimension pédagogique, souvent sous-estimée : un outil « au service de l’enseignement », capable de faire découvrir aux jeunes générations « la richesse du patrimoine national » autrement que par les manuels scolaires. Des visites guidées aux ateliers thématiques, les activités organisées dans ces espaces prolongent ce que la classe ne peut pas toujours transmettre — le contact avec l’objet, la matière, le lieu. Sur le plan institutionnel, Badis Abderrahmane a salué les efforts des pouvoirs publics. Les programmes de restauration, de rénovation et de réhabilitation engagés ces dernières années ont, dit-il, « redonné un nouveau souffle » aux musées, mais aussi aux sites historiques et archéologiques disséminés à travers le pays. Ces chantiers ne sont pas de simples travaux de façade : ils conditionnent la capacité de ces lieux à accueillir du public, à raconter, à éduquer. Dernier levier évoqué : le numérique. Les nouvelles technologies de la communication ont, selon le conférencier, permis d’« accroître la visibilité » des musées et de « faciliter l’accès du grand public ». Visites virtuelles, bases de données en ligne, médiation numérique — ces outils ne remplacent pas l’expérience physique du musée, mais ils élargissent considérablement son audience, y compris vers des publics qui n’auraient jamais poussé la porte autrement.
M.S.

