3e Colloque international Ahmed Benyahia El Wancharissi : Quand un juriste du XVe siècle répond aux fractures du monde actuel
Lundi et mardi prochains, l’Université de Tissemsilt accueille la troisième édition du Colloque international consacré au savant Ahmed Ben Yahia El Wancharissi. Chercheurs de 14 pays, enseignants de plus de 30 universités algériennes et représentants du Haut conseil islamique se retrouvent autour d’une question qui dépasse largement le cadre académique : comment la pensée d’un juriste berbère du XVe siècle peut-elle éclairer les défis de cohésion sociale auxquels font face les sociétés contemporaines ?
L’événement est organisé par la Faculté des lettres et des langues, sous la présidence de Miloud Guerdane, son doyen. Le thème retenu cette année dit l’ambition du projet : «La cohésion sociale et ses référents dans le patrimoine algérien : le cas d’Ahmed Ben Yahia El Wancharissi, vers une gestion de la diversité et des différences au sein de la société algérienne et islamique.» Une formulation longue, certes, mais qui ne tourne pas autour du pot. Ce colloque ne se contente pas de célébrer une figure savante. Il cherche à la faire travailler sur des problèmes réels. Miloud Guerdane l’explique sans détour : la rencontre «vise à proposer une relecture contemporaine du patrimoine jurisprudentiel algérien, en mettant en valeur ses dimensions sociales et civilisationnelles, tout en explorant les moyens de son exploitation pour répondre à des problématiques actuelles, notamment le renforcement de la cohésion sociale et la lutte contre les formes de fragmentation», a-t-il déclaré à l’APS. Autrement dit, il s’agit de rouvrir les textes, non pour les archiver, mais pour y chercher des réponses à des tensions que ni les discours politiques ni les sciences sociales modernes n’ont jusqu’ici suffi à dénouer.
El Wancharissi — né à Tlemcen vers 1430, mort à Fès en 1508 — est l’une des figures les plus considérables du fiqh malékite en Afrique du Nord. Son œuvre monumentale, le Miyar, rassemble des milliers de fatwas émises par les juristes de l’Occident islamique médiéval. Ce corpus n’est pas qu’une archive religieuse : c’est un observatoire des conflits, des transactions, des héritages et des coexistences d’une société plurielle. C’est précisément ce qui en fait, aux yeux des organisateurs, un matériau pertinent pour penser la diversité aujourd’hui.
Le programme scientifique s’organise autour de plusieurs axes. Le premier porte sur les fondements théoriques de la cohésion sociale dans la pensée d’El Wancharissi. Le deuxième examine la fatwa en tant que mécanisme de régulation sociale et de gestion de la diversité — une lecture qui sort délibérément l’avis juridique de la sphère purement religieuse pour l’envisager comme outil de gouvernance du lien collectif. Un troisième axe porte sur le rôle de l’école malékite dans la construction de la référence religieuse et nationale, question sensible dans un pays où cette référence est à la fois revendiquée et débattue.
Des chercheurs venus de Palestine participeront aux travaux, aux côtés de collègues issus de 13 autres pays. Les organisateurs ont d’ailleurs prévu une sortie de terrain vers le lieu de naissance du savant, manière de relier la recherche académique à son ancrage géographique et humain. Les participants découvriront également les forêts d’El Meddad, classées réserve naturelle, qui font de la région de l’Ouarsenis l’un des espaces les plus préservés du nord du pays.
Ce n’est pas la première fois que Tissemsilt revendique ce patrimoine. Après deux éditions qui ont chacune élargi le cercle des participants, cette troisième rencontre confirme que la wilaya entend s’imposer comme un lieu de référence pour la recherche sur le patrimoine juridique et religieux algérien.
Mohand S.

