« Layali Warda El-Jazairia » à l’Opéra d’Alger : L’hommage à la diva
Les 22 et 23 mai, L’opéra d’Alger Boualem-Bessaïh accueille « Layali Warda El-Jazairia », deux soirées de gala orchestrales pour marquer les quatorze ans de la disparition de la plus grande voix féminine que l’Algérie ait jamais donnée au monde arabe.
Il y a des voix qui ne meurent pas. Elles se retirent, un soir de mai, au Caire ou ailleurs, et continuent de résonner dans les mémoires comme si le silence n’avait aucun droit sur elles. Warda Ftouki, dite Warda El-Jazairia, s’est éteinte le 17 mai 2012. Quatorze ans plus tard, l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh lui rend un hommage à la mesure de ce qu’elle fut : total, solennel, et résolument vivant.
Placée sous le patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, la manifestation s’annonce exceptionnelle. Le communiqué officiel de l’institution précise que l’évènement entend concilier mémoire et célébration : « où la magie artistique rencontre une mémoire qui ne s’éteint pas». Le programme articulé autour de trois axes — exposition de photos et d’objets rares retraçant le parcours de la chanteuse, vente-dédicace du livre de son fils Riyad Kesri, et table ronde réunissant des personnalités médiatiques et artistiques qui ont côtoyé la diva — constitue déjà, en lui-même, un événement dans l’événement.
Mais le cœur battant de ces nuits reste les deux soirées lyriques. Vendredi 22 mai, la Jordanienne Zaïn Awad et la Tunisienne Asma Ben Ahmed se partageront l’affiche aux côtés de Chaïma Mallem et Sabri Azzedine, lauréats d’Alhane wa Chabab. Samedi 23, place à la Libanaise Nadine Saab, à l’Algérienne Hassiba Amrouche et à Asma Sebaa. Toutes ces voix, soigneusement sélectionnées selon le communiqué « pour leur capacité à interpréter son répertoire avec toute la sincérité, le sentiment et la noblesse », seront portées par l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger sous la baguette du maestro Amine Dehane. La dimension panarabiste de la programmation — une Jordanienne, une Tunisienne, une Libanaise, des Algériennes — n’est pas un hasard : elle reproduit l’espace même dans lequel Warda avait rayonné toute sa vie.
Car Warda El-Jazairia n’appartient pas seulement à l’Algérie. Née le 22 juillet 1939 à Paris d’un père algérien originaire de Souk Ahras et d’une mère libanaise, elle est l’une des rares chanteuses renommées dans tout le monde arabe, du Maghreb au Machrek, considérée comme une diva au même titre qu’Oum Kalthoum, Sabah ou Fairouz, avec un répertoire de plus de 300 chansons.
Parmi ses chansons patriotiques les plus aimées figurent Aïd El Karama, Biladi Ouhibouki et Ya Lahbab, titre qu’elle a chanté en darija.
Ce que le livre de son fils Riyad Kesri — dont la vente-dédicace est prévue dans le cadre de la manifestation — tente de restituer, c’est précisément cette face cachée de la gloire. Ayant accompagné la carrière de sa mère au plus près, Riyad Kesri livre une évocation personnelle, lucide et profondément incarnée, à contre-courant des récits hagiographiques et des hommages figés, où se dessinent en creux la solitude du succès, le poids du regard et la trace laissée par une voix. « Tout le monde connaissait Warda. Riyad connaissait sa mère », dit la présentation de l’ouvrage. La nuance est tout.
Le communiqué de l’Opéra conclut avec une formule qui résume l’ambition du projet : « Layali Warda El-Jazairia n’est pas une simple manifestation artistique, mais une célébration de la mémoire et un rendez-vous avec le sentiment sincère… où la nostalgie se transforme en musique, et la voix de Warda fleurit à nouveau sur la scène. » On ne saurait mieux dire. Les billets, déjà disponibles sur la plateforme booking.operaalger.dz ainsi qu’au guichet de l’Opéra de midi à 19 heures, bénéficient de tarifs réduits pour les personnes en situation de handicap et d’une formule famille permettant d’assister à quatre pour le prix de trois. Les moins de cinq ans ne sont pas admis. Warda n’a pas besoin qu’on lui construise un monument. Sa voix suffit. Mais qu’Alger, sa ville de cœur sinon de naissance, lui offre ces deux nuits de mai, c’est une façon de lui dire ce qu’on ne dit jamais assez aux géants : on ne vous a pas oubliés.
Moncef Dahleb

