Économie

Stockage céréalier : L’assurance, maillon faible de la chaîne

La CNMA a réuni mardi à Alger assureurs, experts et exploitants de silos pour dresser un état des lieux sans fard : la filière stockage reste sous-assurée, et les risques mal maîtrisés. Les silos de stockage de céréales sont au cœur de la sécurité alimentaire du pays, mais leur couverture assurantielle reste insuffisante. C’est le constat qui a traversé les débats du séminaire national organisé mardi à Alger par la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA), réunissant pour une journée assureurs, experts universitaires, acteurs institutionnels et exploitants d’infrastructures de stockage. L’enjeu est clair : la chaîne logistique céréalière repose sur des silos dont l’état, le niveau de sécurité et la couverture assurantielle varient fortement d’un opérateur à l’autre. Or une défaillance sur ce maillon — qu’il s’agisse d’un incendie, d’une explosion de poussières ou d’une dégradation structurelle — peut avoir des répercussions immédiates sur l’approvisionnement du marché national.

Cherif Benhabiles, directeur général de la CNMA, a rappelé que sa caisse est le premier assureur des silos en Algérie. Pour lui, l’assurance n’est pas une formalité administrative : c’est «un instrument stratégique de gestion des risques». Il a insisté sur la nécessité d’anticiper les défaillances plutôt que de se contenter de les couvrir après coup, notant que «l’enjeu réside dans la capacité à anticiper les défaillances et à intervenir efficacement lors des situations critiques». À l’échelle mondiale, a-t-il rappelé, les incendies et les aléas liés au stockage en vrac figurent parmi les sinistres les plus fréquents et les plus coûteux pour ce type d’infrastructure.

Sur le plan opérationnel, Rabah Mekircha, directeur des risques industriels à la CNMA, a détaillé la méthode de travail adoptée par la caisse. Avant toute souscription, un expert spécialisé effectue une visite sur site. Une seconde inspection est programmée en cours d’exercice. Ces passages permettent «d’évaluer la situation des silos et de prendre les mesures techniques et commerciales nécessaires», selon ses termes. Une démarche qui tranche avec la pratique courante dans d’autres secteurs, où la souscription se fait souvent à distance, sans évaluation réelle des risques sur le terrain. Le point le plus sensible soulevé lors du séminaire concerne l’état du parc existant. Le professeur Abdelkrim Chelghoum, président du Club des risques majeurs, a plaidé pour un programme de réhabilitation des silos anciens, en adoptant ce qu’il appelle «une approche basée sur la performance». En clair : ne pas se contenter de mettre aux normes minimales, mais évaluer chaque infrastructure selon sa capacité réelle à résister aux risques identifiés. Une position qui implique des investissements significatifs de la part des propriétaires et exploitants, mais aussi un cadre réglementaire plus contraignant.

Au-delà des aspects techniques, le séminaire a mis en évidence un déficit culturel. Nombreux sont les opérateurs de la filière agricole qui perçoivent encore l’assurance comme une contrainte ou une dépense superflue, plutôt que comme un outil de gestion. Changer cette perception est l’un des objectifs affichés de la CNMA, qui entend renforcer son rôle d’accompagnement auprès des exploitants, en particulier ceux qui gèrent des infrastructures vieillissantes ou sous-dimensionnées.

La question prend une résonance particulière dans le contexte actuel, où l’Algérie poursuit ses efforts pour renforcer ses capacités de stockage national et réduire sa dépendance aux importations de blé. Un programme national a été lancé pour porter la capacité de stockage de céréales à 9 millions de tonnes. Des silos mal sécurisés ou sous-assurés représentent une vulnérabilité directe pour cet objectif.

Amar Malki

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