À la UneActualité

820.000 moutons déjà livrés et les cargaisons continuent d’arriver 

À dix jours de l’Aïd El-Adha, plus de 820.000 moutons ont déjà franchi ou sont en passe de franchir les frontières nationales.

Le programme d’importation d’un million de têtes ovines, piloté par le ministère de l’Agriculture, avance à un rythme soutenu — et pour la première fois, l’opération se suit en temps réel sur une plateforme numérique dédiée, visible par tout citoyen disposant d’une connexion internet. L’affichage public des chiffres est en lui-même un signal : l’État entend montrer que la mécanique tourne, et qu’elle tourne de manière traçable. La plateforme Adhahi, accessible à l’adresse adhahi.dz, est le principal outil de cette édition 2026. Elle a été lancée par le ministère de l’Agriculture pour centraliser la réservation et la vente des moutons importés, en application des instructions du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui avait mis en garde «contre toute autre voie de vente de ces moutons en dehors de cette plateforme». Les données qu’elle publie sont actualisées en continu. Au 19 mai, elles faisaient état de 821.797 têtes ovines «importées et entrées sur le territoire national, ou en cours de chargement ou d’importation». Parmi elles, 576.387 têtes sont déjà arrivées sur le sol algérien. Les 245.410 restantes se trouvent à bord de navires ou d’avions, en transit ou en cours de chargement dans les ports et aéroports d’embarquement.

Le dispositif logistique mobilisé est conséquent. Huit navires et avions assurent activement les rotations, tandis que 70 autres unités sont simultanément en cours de chargement ou de déchargement. C’est dans ce cadre qu’un cargo transportant 12.108 têtes en provenance de l’Union européenne a accosté mercredi au port d’Oran. L’Office régional des viandes de l’Ouest (ORAVIO) a précisé que «le déchargement de la cargaison a été effectué immédiatement après l’achèvement des procédures de contrôle sanitaire supervisées par les inspecteurs vétérinaires, avec la mobilisation de tous les moyens humains et logistiques». Des camions spécialisés pour le transport du bétail, des équipes de terrain et des services vétérinaires, sécuritaires et administratifs ont été déployés pour assurer la fluidité de l’opération «depuis l’accostage du navire jusqu’au transfert de la cargaison vers les centres de mise en quarantaine». D’autres cargaisons en provenance de l’Union européenne sont attendues dans les prochains jours.

Sur la question du prix, le ministère a opté pour une grille tarifaire qui introduit une incitation au paiement numérique. Le mouton est vendu 50.000 dinars en espèces, 49.000 dinars via terminal de paiement électronique, et 48.000 dinars pour un règlement en ligne. L’écart de 2.000 dinars entre le paiement cash et le paiement dématérialisé est délibéré : il s’agit d’encourager l’utilisation des moyens de paiement modernes dans une opération qui touche des millions de ménages. La plateforme Adhahi permet par ailleurs aux citoyens de consulter «en temps réel la disponibilité des moutons importés de différents pays», selon le communiqué du ministère, qui insiste sur le fait que ce dispositif vise à «garantir la transparence de l’opération».

L’opération avait été officiellement lancée le 18 avril dernier. Depuis, la cadence s’est accélérée sur instruction présidentielle. Lors du dernier Conseil des ministres, Abdelmadjid Tebboune a demandé «d’accélérer le rythme d’importation et de distribution» du million de têtes prévu. Le ministre de l’Agriculture, de son côté, s’est engagé à «assurer le succès de l’opération 48 heures avant l’Aïd El-Adha» — une formulation qui fixe un calendrier serré et une obligation de résultat publiquement assumée.

Une instruction présidentielle a par ailleurs retenu l’attention des professionnels de l’élevage : le chef de l’État a ordonné «l’interdiction de l’abattage des agnelles importées» et leur «orientation vers l’élevage dans des espaces dédiés à cet effet, en vue de préserver ce cheptel». La précision n’est pas anecdotique. Elle traduit une préoccupation structurelle : l’importation massive de femelles reproductrices à des fins d’abattage représente une perte nette pour le potentiel génétique du troupeau national. En les orientant vers l’élevage, l’État tente de faire de l’opération conjoncturelle de l’Aïd un levier de reconstitution du cheptel sur le long terme.

L’ORAVIO complète le dispositif en mettant à disposition des ménages de la viande importée déjà abattue, à un prix réglementé de 2.000 dinars le kilogramme, dans trois points de vente propres à l’Office ainsi que chez des commerçants privés conventionnés. Cette option vise les ménages qui, pour des raisons pratiques ou financières, ne peuvent ou ne souhaitent pas acheter un animal vivant.

Samir Benisid

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *