Économie

L’Algérie produit 35% de ses dérivés pétroliers

La facture d’importation des matières plastiques atteint à elle seule trois milliards de dollars par an. Ce chiffre, révélé par le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, résume à lui seul le paradoxe d’une économie assise sur des réserves d’hydrocarbures considérables mais qui continue d’acheter à l’étranger ce qu’elle pourrait produire chez elle. C’est précisément ce cercle que l’État entend briser, à travers une stratégie industrielle qui prend de l’ampleur depuis quelques années.

Houari Tighersi, professeur de sciences économiques à l’Université d’Alger 3 et analyste économique, était l’invité mercredi matin de la matinale la Chaîne 2 de la Radio algérienne. Il a livré une lecture détaillée des orientations industrielles du gouvernement, en insistant sur leur cohérence d’ensemble — là où d’autres n’y voient souvent qu’une succession d’annonces. Pour Tighersi, les grands projets actuellement en cours de réalisation ne sont pas isolés. «Ils s’inscrivent dans la vision nationale de développement de l’industrie manufacturière», a-t-il dit, en référence aux instructions présidentielles visant à accélérer les projets économiques structurants, particulièrement dans le secteur de la transformation industrielle. La nuance compte : il ne s’agit pas, selon lui, de simples investissements ponctuels, mais d’une architecture pensée sur le long terme.

Le secteur pétrochimique en est l’illustration la plus immédiate. L’Algérie produit actuellement environ 35% de ses dérivés pétroliers, selon les chiffres du ministère de l’Énergie. Tighersi anticipe que cette part grimpera à 50% dans les deux prochaines années. «La stratégie nationale dans le domaine des industries pétrochimiques vise essentiellement à réduire la facture d’importation des matières premières et à renforcer la relance économique fondée sur l’industrie nationale», a-t-il expliqué. Concrètement, cela signifie moins de dépendance aux achats extérieurs et une chaîne de valeur davantage ancrée sur le territoire.

Ce qui retient l’attention dans son analyse, c’est l’élargissement du périmètre visé. La stratégie ne se limite plus aux seuls dérivés du pétrole. «Elle s’est étendue pour englober les industries chimiques», a précisé l’économiste, y voyant la preuve d’une vision sectorielle plus large, capable d’irriguer plusieurs pans de l’économie et de diversifier les sources de richesse nationales. Le secteur minier figure lui aussi en bonne place dans ce tableau. Tighersi a qualifié les avancées enregistrées autour des projets de Gara Djebilet, des phosphates et du cuivre de «stations très importantes» — il a même utilisé l’expression «projets du siècle». «Il y a une grande dynamique», a-t-il affirmé, sans s’appesantir sur les délais ou les obstacles techniques qui ont longtemps freiné leur mise en oeuvre. La prudence analytique reste de mise sur ce point, tant ces chantiers ont une histoire jalonnée de reports.

L’économiste a également abordé la question des leviers nécessaires pour accéder aux industries finales — celles qui transforment les matières premières en produits à forte valeur ajoutée. Il a insisté sur deux conditions : la promotion de la recherche scientifique et l’alignement du système universitaire sur les priorités économiques du pays. «La concentration sur certains secteurs par le président de la République s’est répercutée sur les orientations des grandes écoles et des universités algériennes», a-t-il observé. Il a aussi évoqué la nécessité de construire des partenariats solides pour attirer des technologies modernes — un point sur lequel les résultats concrets restent encore à démontrer.

Samir Benisid

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