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Iran-États-Unis : Un accord à portée de main, la guerre en embuscade

À sept semaines du cessez-le-feu obtenu par la médiation pakistanaise, les négociations avancent sur un protocole d’accord en 14 points, mais Washington n’écarte pas une reprise des frappes

Les deux belligérants parlent. Ils négocient, même. Mais pendant que diplomates et émissaires s’activent dans les couloirs d’Islamabad et de Téhéran, les militaires américains se préparent, selon plusieurs médias, à de possibles nouvelles frappes contre l’Iran. Ce week-end résume à lui seul toute l’ambiguïté d’une situation où la paix et la guerre coexistent, où chaque déclaration optimiste est aussitôt tempérée par une menace, et où le destin du Moyen-Orient se joue dans un entre-deux inconfortable depuis l’entrée en vigueur de la trêve, le 8 avril dernier.

Pour comprendre où en sont les négociations, il faut revenir au 28 février 2026. Ce jour-là, les États-Unis et Israël lancent des frappes militaires contre l’Iran, ouvrant un conflit qui allait durer plus d’un mois et demi. C’est le Pakistan qui finit par obtenir le cessez-le-feu, le 8 avril, au terme d’une médiation menée à marche forcée par Islamabad, soucieux d’éviter un embrasement régional incontrôlable. Depuis, le maréchal Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, fait la navette entre les capitales. Vendredi soir, il était à Téhéran. Samedi à la mi-journée, il s’entretenait avec le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi. Un canal de communication qui tient, même si les divergences restent profondes.

Une seule séance de négociations formelles s’est tenue depuis le cessez-le-feu : le 11 avril à Islamabad. Elle s’est soldée par un échec. Depuis, les discussions se poursuivent en coulisses, par voies indirectes, avec le Pakistan comme courroie de transmission et le Qatar comme facilitateur — une délégation qatarie était présente à Téhéran vendredi.

Un protocole en 14 clauses

Ce samedi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a levé un coin du voile sur le contenu des discussions. Téhéran a souhaité « d’abord rédiger un protocole d’accord composé de 14 clauses », a-t-il déclaré à la télévision d’État IRIB. « Nous sommes actuellement en phase de finalisation de ces protocoles d’accord », a-t-il précisé, ajoutant que la question du détroit d’Ormuz et la fin du blocus naval américain — instauré par Washington le 12 avril — figuraient parmi les points en discussion.

Le détroit d’Ormuz est au cœur de tout. Avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde y transitaient. L’Iran l’a de facto bloqué depuis le début de la guerre. Washington a répondu par un blocus naval des ports iraniens. Débloquer ce verrou est la condition sine qua non d’une normalisation économique, et les deux parties le savent. Selon des sources citées par CBS News, la dernière proposition en date inclurait la réouverture du détroit, le dégel de certains avoirs iraniens dans des banques étrangères et la poursuite des négociations pour trente jours supplémentaires. CBS ne précise pas quelle partie a formulé ces propositions.

Sur le dossier nucléaire, Téhéran est catégorique : il n’est pas à l’ordre du jour. « À ce stade, il n’est pas prévu d’aborder les détails des questions liées au nucléaire », a martelé Baghaï. Le porte-parole a qualifié les exigences américaines sur ce volet d’« excessives et déraisonnables », rejetant notamment toute discussion sur l’accès à l’uranium hautement enrichi iranien. L’Iran, rappelle-t-il, est membre du Traité sur la non-prolifération et dispose à ce titre du droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.

Trump entre optimisme affiché et menaces voilées

De son côté, Donald Trump joue sur plusieurs tableaux simultanément. « Chaque jour, ça s’améliore », a-t-il confié samedi par téléphone à CBS News, affirmant qu’un accord « se rapproche grandement ». Mais quelques heures plus tard, interrogé par Axios, il évaluait les chances d’un « bon » accord à « 50-50 ». Et sans accord, le président américain a prévenu qu’il ferait « exploser » les Iraniens « jusqu’à la fin des temps ». Une formulation qui contraste singulièrement avec les efforts diplomatiques en cours.

Cette ambivalence se lit aussi dans les actes. Trump a annulé sa participation au mariage de son fils Don Jr. et annulé un déplacement dans l’un de ses golfs pour rester à Washington ce week-end, en raison, selon ses termes, de « raisons ayant trait aux affaires de l’État ». Dans le même temps, CBS News et Axios rapportent que des militaires américains se préparent à d’éventuelles nouvelles frappes, et que le président a réuni vendredi matin ses plus proches conseillers pour discuter de la situation iranienne. Aucune décision n’aurait encore été prise, selon CBS.

Le secrétaire d’État Marco Rubio, lui, oscille entre prudence et espoir. Vendredi, lors d’une réunion de l’OTAN en Suède, il faisait état de « progrès » tout en concédant : « On n’y est pas encore. J’espère que cela changera. Honnêtement, cela pourrait ne pas être le cas. » Samedi, depuis New Delhi, il estimait qu’il y avait « une chance » que l’Iran accepte un accord dès ce week-end. « Il est possible que plus tard aujourd’hui, demain ou dans quelques jours, nous ayons des informations à communiquer », a-t-il déclaré.

Téhéran accuse, mais reste à la table

Face à cette posture américaine jugée contradictoire, la diplomatie iranienne hausse le ton sans claquer la porte. Abbas Araghtchi, chef de la diplomatie iranienne, s’est plaint samedi auprès du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, des « positions contradictoires et demandes excessives répétées » de Washington. Ces facteurs, a-t-il estimé, « perturbent le processus de négociations menées sous l’égide du Pakistan ». Mais Araghtchi a pris soin d’ajouter que « malgré sa profonde méfiance envers les États-Unis, la République islamique d’Iran s’est engagée dans ce processus diplomatique avec un esprit de responsabilité et le plus grand sérieux ».

Sur le plan militaire, le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a durci le ton dans un message publié sur les réseaux sociaux. « Nos forces armées se sont reconstituées pendant la période de cessez-le-feu de telle manière que si Trump commet un autre acte insensé et relance la guerre, les conséquences seront certainement beaucoup plus écrasantes et amères pour les États-Unis que le premier jour de la guerre », a-t-il déclaré, selon l’AFP.

Le message est clair : l’Iran négocie, mais il n’est pas en position de faiblesse. Il l’affirme du moins. La trêve du 8 avril a donné à Téhéran le temps de reconstituer ses capacités, et la République islamique entend le faire savoir, au moment même où Washington envisage d’appuyer à nouveau sur la gâchette.

À ce stade, personne ne sait ce que ce week-end réserve. Un accord en 14 points, une reprise des frappes, ou simplement quelques jours supplémentaires de cette diplomatique suspense qui dure depuis avril. Le Pakistan continue de faire la navette. Le Qatar facilite. Et le détroit d’Ormuz reste fermé, symbole d’un conflit qui n’a pas encore trouvé son épilogue.

Lyes Saïdi

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