TSGP : le processus s’accélère
Le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a reçu mardi son homologue nigérien Hamadou Tini à Alger. Les deux parties ont passé en revue l’état d’avancement du gazoduc transsaharien et les chantiers de coopération entre Sonatrach et la Sonidep, dans un contexte de rapprochement accéléré entre les deux capitales depuis le début de l’année.
Le gazoduc transsaharien revient au premier plan. Mohamed Arkab, ministre d’État chargé des Hydrocarbures, a reçu mardi à Alger Hamadou Tini, ministre du Pétrole de la République du Niger, venu à la tête d’une délégation composée de responsables et de cadres du ministère nigérien et de la Société nigérienne du pétrole, la Sonidep. La visite, selon le communiqué du ministère des Hydrocarbures, s’inscrit notamment dans le cadre de la préparation de la 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage du projet de gazoduc transsaharien (TSGP), qui réunira à Alger les ministres des Hydrocarbures des trois pays parties au projet — Algérie, Niger et Nigeria.
Ce rendez-vous intervient à un moment où le chantier du TSGP entre, enfin, dans une phase d’exécution concrète. Selon les chiffres officiels, environ 60 % du tracé — soit 2 400 km — sont déjà réalisés, principalement côté algérien. Il resterait à construire environ 1 800 km, dont 1 000 km au Niger, 700 km en Algérie et seulement 100 km au Nigeria. L’essentiel du chantier restant se concentre donc sur le tronçon nigérien, dont Sonatrach a été désignée maître d’œuvre.
La dynamique actuelle est indissociable d’un tournant diplomatique survenu en février dernier. Le dégel des relations entre Alger et Niamey a été officialisé lors de la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février 2026. Lors de la conférence de presse commune, le président Tebboune avait alors été on ne peut plus explicite : «Nous sommes convenus du lancement du projet de réalisation du tronçon du gazoduc transsaharien traversant le Niger, pays frère, juste après le mois de Ramadhan», précisant que «Sonatrach prendra les choses en main et entamera l’installation du pipeline traversant le Niger». La visite de Tiani à Alger avait aussi remis à l’agenda l’exploitation conjointe d’un champ pétrolier au nord du Niger. La visite de travail de mardi s’inscrit dans la continuité directe de ce processus.
Sonatrach au cœur du dispositif
Conformément aux engagements pris en février, Sonatrach a dépêché en mars une mission technique au Niger, regroupant des représentants du groupe ainsi que du ministère algérien des Hydrocarbures, avec pour objectif principal la collecte de données techniques liées au tracé du gazoduc sur le territoire nigérien.
La réunion de mardi a permis aux deux délégations d’examiner en détail l’ensemble des volets de ce partenariat. Côté algérien, la rencontre réunissait, outre Arkab, le PDG de Sonatrach Nour-Eddine Daoudj, le président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) Samir Bekhtaoui, le président de la Autorité de régulation des hydrocarbures Amine Remini et le PDG de Naftal Djamal Chardoud. La composition de la délégation illustre l’étendue des sujets abordés : exploration, développement de champs, raffinage, pétrochimie, distribution, formation et transfert de technologie. Parmi les dossiers concrets examinés, celui de la raffinerie de Zinder a retenu l’attention. Les deux parties ont discuté d’une éventuelle participation de Sonatrach à la grande maintenance programmée de cette installation nigérienne, ainsi que des modalités pour sécuriser l’approvisionnement en produits pétroliers pendant la période d’arrêt.
Le TSGP n’est pas une simple infrastructure. Il s’étend sur 4 200 km et dispose d’une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an, pour un investissement estimé à 13 milliards de dollars. Son achèvement relierait les ressources gazières du delta du Niger aux terminaux algériens sur la Méditerranée, d’où le gaz pourrait être acheminé vers l’Europe via le gazoduc Transmed ou sous forme de GNL. La Banque africaine de développement a qualifié le projet de «corridor énergétique majeur» destiné à renforcer la sécurité énergétique et l’intégration économique régionale. Arkab a réaffirmé mardi la position algérienne : l’Algérie, «en exécution des orientations du président Tebboune, poursuit son travail pour renforcer la coopération africaine et concrétiser des partenariats stratégiques fondés sur la mutualité des intérêts et la complémentarité économique». Son homologue nigérien a salué de son côté le rôle de Sonatrach sur le continent et «l’importance de tirer profit de l’expertise algérienne dans les domaines de la formation, du transfert de technologie et du développement des projets pétroliers et gaziers». Il a réaffirmé que le TSGP représente «un projet pivot susceptible de renforcer l’intégration énergétique africaine et d’appuyer le développement économique durable des trois États». La 5e réunion ministérielle tripartite, qui se tiendra prochainement à Alger avec la participation du Nigeria, devrait accélérer la dynamique.
Samira Ghrib
Des filiales de Sonatrach signent des mémorandums d’entente avec la société nigérienne Sonidep
Des filiales du groupe Sonatrach ont signé, mardi à Alger, trois mémorandums d’entente avec la Société nationale nigérienne du pétrole (Sonidep), portant sur la création d’une joint-venture pour la réalisation des travaux de forage au Niger, les activités de traitement des données sismiques, ainsi que sur la coopération dans le domaine des produits pétroliers. La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, le ministre du Pétrole de la République du Niger Hamadou Tini, du PDG du groupe Sonatrach Nour Eddine Daoudi, ainsi que de cadres des compagnies des deux pays.
Ainsi, le premier mémorandum d’entente a été signé entre l’Entreprise nationale de géophysique (Enageo) et Sonidep et relatif à l’acquisition et le traitement des données sismiques sur le territoire nigérien. Il a été signé par Hakim Issolah, PDG Enageo et Ali Saïbou Hassan, Directeur général de la compagnie nigérienne.
Le second mémorandum a été paraphé entre l’Entreprise nationale de forage (Enafor) et Sonidep et porte sur la création d’une Joint-Venture (JV) pour la réalisation des travaux de forage pétrolier et gazier sur le territoire nigérien. Le document a été signé par Brahim Hammoudi PDG de la fililale de Sonatrach et le Dg de la société nigérienne.
Quant au troisième mémorandum d’entente, il a été conclu entre la Société nationale de commercialisation et de distribution de produits pétroliers (Naftal) et Sonidep et concerne la coopération dans le domaine de la distribution des produits pétroliers au Niger. Le document a été paraphé par Djamel Cherdoud PDG de Naftal et le Directeur Général de Sonidep. Dans une allocution prononcée à cette occasion, M. Daoudi a souligné que les mémorandums signés s’inscrivent dans le cadre de la vision stratégique adoptée par l’Algérie pour renforcer sa position en tant que moteur du développement et de l’intégration sur le continent africain, à travers le soutien aux grands projets structurants, le développement des infrastructures énergétiques et l’intensification des échanges économiques entre les pays africains.
De son côté, le directeur général de la Sonidep a salué le partenariat concrétisé par les deux pays dans le domaine des hydrocarbures, exprimant, lors de son intervention, sa « gratitude » aux présidents des deux pays pour la dynamique qu’ils ont insufflée aux relations bilatérales conformément à une volonté commune, laquelle se traduit par des projets concrets.
APS

