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Les Verts s’installent dans le camp de base de Kansas City : Une nouvelle épopée commence

Douze ans. C’est le temps qu’il aura fallu à l’Algérie pour retrouver la Coupe du monde.

Dimanche soir, à l’aéroport international de Kansas City, l’avion d’Air Algérie s’est posé à 22h45 heure locale — 4h45 du matin à Alger — avec à son bord un groupe de footballeurs qui portent, qu’ils le veuillent ou non, le poids d’un peuple entier. L’ambassadeur Sabri Boukadoum était là pour les accueillir sur le tarmac. Les Verts ont rejoint leur camp de base à Lawrence, dans l’État du Kansas. L’aventure peut commencer.

Elle commence avec un calendrier qui ne ménage personne. Le 17 juin à l’Arrowhead Stadium de Kansas City, coup d’envoi à 2h00 heure algérienne, l’Algérie entre en lice face à l’Argentine de Lionel Messi. Tenante du titre. Championne en 1978, 1986 et 2022. Dix-neuf phases finales au compteur. Quatorzième qualification consécutive. Pas exactement un échauffement. Puis la Jordanie, le 22 juin à San Francisco — adversaire inédit, première participation au Mondial, outsider absolu. Enfin l’Autriche, le 27 juin de nouveau à Kansas City, pour ce qui pourrait n’être qu’un match de classement ou, au contraire, une finale de groupe à quitte ou double.

Le groupe J s’annonce ouvert derrière l’Argentine. Rien n’y est écrit d’avance, ni pour les Algériens, ni pour les Autrichiens qui reviennent au Mondial après 28 ans d’absence — leur dernière participation remonte à France 1998 —, ni même pour la Jordanie qui dispute là son premier rendez-vous planétaire. Dans ce format inédit à 48 équipes, les deux premiers de chaque poule se qualifient pour les huitièmes de finale, et les meilleurs troisièmes également. L’arithmétique, pour une fois, penche en leur faveur.

Avant de rejoindre Kansas City, les joueurs de Vladimir Petkovic avaient été reçus au palais d’El Mouradia. Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a tenu à les voir, à leur serrer la main, à leur signifier que le pays serait derrière eux. Ce n’est pas une formule. Douze ans d’absence, deux qualifications ratées de suite pour les Mondiaux 2018 et 2022 : le football algérien a traversé des années difficiles. Ce retour a une saveur particulière.

Petkovic, lui, a pris les rênes de la sélection en février 2024. Le sélectionneur bosnien a redressé une équipe en perdition et l’a conduite à la qualification au terme d’un solide parcours dans le groupe G africain : huit victoires, un nul, une seule défaite face à la Guinée (2-1). Mohamed Amoura a terminé meilleur buteur de ces éliminatoires avec dix réalisations. Le groupe a une colonne vertébrale.

Il a aussi ses blessés qui reviennent. Ramy Bensebaïni et Hicham Boudaoui ont participé à la dernière séance d’entraînement au Centre technique national de Sidi Moussa avant le départ. Tous deux sont rétablis. C’est un soulagement. Bensebaïni à gauche, Boudaoui dans l’entrejeu : deux pièces importantes d’un dispositif qui devra tenir face à des attaques parmi les meilleures de la planète.

Avant le coup d’envoi officiel, un dernier test : la Bolivie, dans la nuit du 10 au 11 juin à Kansas City (1h00, heure algérienne). Une rencontre sans enjeu sportif majeur — la Bolivie n’a pas réussi à se qualifier pour ce Mondial — mais qui permettra au staff de Petkovic de peaufiner les réglages, de tourner l’effectif, de valider les automatismes. Une dernière répétition avant le grand soir.

Il y a déjà eu un grand soir. Le 3 juin à Rotterdam, les Verts ont battu les Pays-Bas 1-0 dans un match de préparation. La Hollande, septième nation au classement FIFA, sortie d’un duel de prestige. La victoire a eu l’effet d’une décharge électrique. Elle a dit quelque chose sur l’état de cette équipe. Elle a rappelé que les Algériens ne viennent pas en Amérique du Nord pour faire de la figuration.

L’histoire est là, avec son poids et ses promesses. La première participation de l’Algérie en Coupe du monde, c’était 1982, en Espagne. Un choc d’entrée contre la République fédérale d’Allemagne, et une victoire 2-1 qui avait sonné comme un coup de tonnerre. Rabah Madjer, Lakhdar Belloumi. Le premier but algérien en Coupe du monde. La première victoire africaine sur une équipe européenne en phase finale d’un Mondial. Puis la honte de Gijón : ce match Allemagne-Autriche (1-0) qui, par son résultat concerté, avait éliminé les Algériens malgré leurs deux victoires en poule. Le scandale avait accouché d’une règle — les matchs décisifs de groupe se disputent désormais en simultané — mais les Verts étaient dehors. Le football est parfois injuste. Les Verts ont ensuite pris part au mondial suivant en 1986, puis en 2010 eux qui ont décroché héroiquement la qualification au bout de l’épopée D’Oum Dourman.

Il faut ensuite sauter à 2014 pour retrouver l’Algérie au sommet, sous la houlette de Vahid Halilhodzic. Les huitièmes de finale au Brésil. Une victoire 4-2 contre la Corée du Sud, un nul 1-1 contre la Russie, puis ce match de légende contre l’Allemagne — future championne du monde —, perdu seulement 2-1 après prolongation. Madjid Bougherra capitaine d’une équipe qui avait tenu tête aux meilleurs. Islam Slimani et Abdelmoumène Djabou, meilleurs buteurs algériens en Coupe du monde avec deux réalisations chacun. Rafik Halliche : sept matchs disputés en phase finale, un record sous les couleurs nationales. Cette génération a tracé un sillon.

Celle qui s’apprête à fouler les pelouses américaines porte d’autres noms. Anis Hadj Moussa, Ibrahim Maza, Adil Boulbina, Farès Chaïbi incarnent le renouveau d’une sélection qui a su se régénérer. Nés pour certains l’année où l’Algérie se qualifiait pour le Mondial 2010, ils arrivent sans nostalgie mais avec l’ambition de ceux qui n’ont rien à perdre et tout à écrire. À leurs côtés, le revenant Nabil Bentaleb, la sérénité d’Aissa Mandi et la référence Riyad Mahrez.

Au total, treize matchs disputés en Coupe du monde pour l’Algérie. Trois victoires, trois nuls, sept défaites. Treize buts marqués, dix-neuf encaissés. Un bilan modeste sur le papier, mais porteur de deux moments d’exception : Gijón 1982 et Brasília 2014. Ce Mondial 2026 pourrait en être un troisième. C’est souvent comme ça, les Coupes du monde : on ne sait jamais à l’avance ce qu’on va vivre.

Mais à Kansas City, dans les couloirs de leur hôtel de Lawrence, les joueurs ne pensent pas à ça. Ils pensent au 17 juin. À l’Arrowhead Stadium. À l’Argentine. À ce moment où la pelouse sera verte, les tribunes pleines, et où il faudra bien jouer au football.

Moncef Dahleb

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