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Détroit de Gibraltar : Drogue et migration clandestine, le double défi sécuritaire que le Maroc fait peser sur l’Europe

La saisie de près de 4 800 kilogrammes de haschisch dans le détroit de Gibraltar par la Garde civile espagnole est venue rappeler, ce week-end, une réalité documentée par les instances européennes elles-mêmes, le Maroc reste, structurellement, le principal fournisseur de cannabis du marché européen et un point de départ persistant pour les réseaux de migration clandestine. Ces deux phénomènes, souvent traités séparément, forment une double menace sécuritaire qui s’est installée durablement aux frontières sud de l’Europe.

L’opération du week-end a été déclenchée après la détection d’un bateau semi-rigide de type « go fast » naviguant à grande vitesse dans les eaux du détroit, chargé de ballots compressés. Les unités maritimes et aériennes de la Garde civile ont coordonné l’interception, tandis que des unités terrestres contrôlaient les points d’accostage sur la côte. Résultat, 121 ballots saisis, aucune arrestation à ce stade, une enquête en cours. L’opération s’inscrit dans le dispositif permanent de surveillance du Campo de Gibraltar, devenu l’un des corridors de trafic les plus actifs d’Europe.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec quelque 50 000 hectares cultivés dans la vallée du Rif et une production estimée à 3 000 tonnes par an, le Maroc est le premier pays au monde producteur et exportateur de cannabis. Selon le rapport « EU Drug Market 2025 » de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues, les saisies de résine de cannabis marocaine ont atteint 551 tonnes lors de plus de 265 000 opérations ces dernières années, le cannabis d’origine marocaine représentant la part la plus importante des drogues interceptées en Europe. Les côtes espagnoles constituent les principaux points de passage vers le nord, et en 2021 seulement, l’Espagne avait saisi environ 672 tonnes de résine de cannabis produite au Maroc.

Les réseaux ne se limitent plus au traditionnel « go fast ». En mai 2026, la police nationale espagnole a démantelé une organisation criminelle internationale, dans le cadre de l’opération « Horus », qui recourait à des drones gros porteurs pour acheminer de la drogue du Maroc vers l’Espagne, avant son transfert vers la France, un mode opératoire jugé « particulièrement préoccupant » par les services de sécurité en raison de sa capacité à contourner les systèmes traditionnels de surveillance. En juin 2025, un réseau utilisant un narco-tunnel entre Ceuta et le territoire marocain avait été démantelé, après une interception record de 15 000 kilos de haschisch à Almería.

Le Global Organized Crime Index 2025 note que le crime organisé progresse au Maroc, avec une croissance particulière des activités liées au trafic de drogue dont l’impact déborde largement ses frontières.

La migration, entre pression réelle et instrument de pression

Le second volet de la menace est migratoire. Depuis la nuit de vendredi à samedi, deux nouvelles embarcations rapides auraient quitté les côtes de la région de Nador, dans le nord-est du Maroc, pour rejoindre la rive européenne, selon des sources médiatiques espagnoles. Les réseaux de passeurs exploitent la proximité géographique et les fenêtres météorologiques favorables pour faire traverser des migrants irréguliers par le détroit.

Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situées en territoire marocain, ont enregistré une hausse de 45 % des arrivées en 2025 par rapport à 2024, et Ceuta est même devenue, au cours des premiers mois de 2026, la première porte d’entrée des migrants en Espagne. Au moins 40 migrants sont morts en 2025 en tentant d’atteindre Ceuta à la nage, un record, contre 24 décès en 2024, l’ONG Caminando Fronteras estime le bilan réel à 139 victimes.

Des observateurs relèvent que Rabat utilise ce levier de façon sélective. Un rapport récent de l’UE sur la gestion migratoire notait que les expulsions de migrants irréguliers vers le Maroc restaient « extrêmement limitées » et que le Maroc n’avait pas acté l’accord de réadmission avec l’Espagne, signalant des lacunes de coordination et des « lacunes de sécurité » dans les eaux atlantiques. La brusque ouverture des flux vers Ceuta en mai 2021, lors d’une crise diplomatique bilatérale, a déjà illustré la capacité de Rabat à instrumentaliser la pression migratoire.

Lyes S.

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