Skechers choisit l’Algérie pour sa première usine en Afrique
Le géant américain de la chaussure de sport Skechers a signé, dimanche à Alger, un accord de partenariat avec l’entreprise algérienne Tradifoot pour l’implantation de sa toute première unité de production sur le continent africain. Un site qui doit entrer en exploitation au premier trimestre 2027, à Baba Ali, avec une capacité de 2 millions de paires de chaussures par an.
La cérémonie de signature s’est déroulée au siège du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, sous la présidence de Kamel Rezig. L’accord a été paraphé par le PDG de Tradifoot, Djamel Ramoul, et le vice-président chargé des affaires financières de Skechers, Douglas Parker. Une délégation américaine, composée également du vice-président en charge des ventes à l’international, Daniel Levy, avait été reçue plus tôt dans la journée par le ministre pour examiner les opportunités d’investissement qu’offre le marché algérien. Pour Kamel Rezig, ce projet dépasse le simple partenariat industriel. « Ce projet incarne l’orientation stratégique de l’État visant à substituer la production nationale aux importations en attirant les investissements étrangers productifs et en renforçant les partenariats avec les grandes marques mondiales », a-t-il déclaré. Le ministre y voit également un signal envoyé aux investisseurs internationaux, « le choix de l’Algérie pour la réalisation de la première usine Skechers en Afrique reflète la confiance croissante dans le climat de l’investissement national et confirme le succès des réformes économiques engagées par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, en faveur de la diversification de l’économie et du soutien à la production locale. »
Un investissement de plus de 10 millions de dollars
S’exprimant en marge de la cérémonie, le directeur général adjoint de Tradifoot, Walid Benahmed, a livré plusieurs précisions sur le calendrier et l’ampleur du projet. Il a indiqué que le lancement de la première ligne de production est prévu dès cette année, alors que la production effective ne débutera qu’en 2027, pour un investissement estimé à plus de 10 millions de dollars. L’unité industrielle, implantée dans la zone industrielle de Baba Ali, dans la wilaya d’Alger, devrait être développée progressivement jusqu’à compter quatre lignes de production, pour une capacité annuelle globale de 2 millions de paires.
Le responsable de Tradifoot ne cache pas ses ambitions à moyen terme. « L’objectif est, à moyen terme, d’exporter les chaussures Skechers « Made in Algeria » vers les marchés africains, arabes et européens », a-t-il affirmé, estimant que cette initiative pourrait constituer une première susceptible de favoriser l’émergence d’un tissu industriel local dans le secteur de la chaussure et d’encourager l’implantation d’autres franchises internationales. Selon lui, « l’Algérie dispose des ressources humaines et des capacités matérielles nécessaires pour devenir un pôle industriel en mesure d’exporter sa production vers les marchés internationaux ».
Un taux d’intégration locale de 40%
Au-delà du volume de production, c’est le taux d’intégration locale qui retient l’attention des autorités économiques. Fixé à 40%, il doit permettre à l’usine de contribuer concrètement au développement de la production nationale et à la réduction des importations de chaussures, un secteur jusque-là largement dominé par les produits importés. Le projet prévoit par ailleurs un volet formation conséquent. La main-d’œuvre algérienne sera formée directement par des experts de Skechers, dans l’objectif d’assurer le transfert du savoir-faire et des technologies de fabrication, conformément aux standards internationaux du secteur.
La stratégie commerciale retenue pour l’usine de Baba Ali se veut progressive. Dans une première phase, l’intégralité de la production sera destinée à couvrir les besoins du marché national. Ce n’est qu’à partir de la deuxième année d’exploitation que l’unité s’orientera vers l’exportation, en ciblant en priorité les marchés africains, avant une extension envisagée vers les marchés arabes et européens. Une montée en puissance que le ministère du Commerce extérieur présente comme un renforcement de la position de l’Algérie en tant que plateforme industrielle et d’exportation régionale. De son côté, Tradifoot ne limite pas ses ambitions à la seule production. Walid Benahmed a indiqué que l’entreprise vise, à travers ce partenariat, à renforcer sa présence commerciale sur l’ensemble du territoire national, afin d’étendre son réseau de distribution à toutes les wilayas du pays et de couvrir plus largement le marché algérien. Avec ce projet, l’Algérie s’impose comme base industrielle pour une marque internationale de premier plan, dans un secteur textile et manufacturier que les autorités cherchent activement à redynamiser, dans le cadre de la stratégie nationale de substitution aux importations.
Samir Benisid

