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Biens détournés : L’État accélère la reconquête de son tissu industriel

D’Adrar à M’sila, et bientôt à Batna et Tissemsilt, l’Algérie poursuit méthodiquement la remise en marche des unités industrielles confisquées aux oligarques déchus. Mercredi à Alger, le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré une nouvelle usine issue de ce programme, réaffirmant l’attachement du président Tebboune à transformer ces avoirs récupérés en véritables leviers de production, d’emplois et de souveraineté industrielle.

Chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb a procédé mercredi à Alger à la mise en service d’une usine de production de plaquettes de frein et de leurs accessoires, implantée dans la zone industrielle de Reghaïa, marquant une nouvelle étape dans la stratégie nationale de valorisation des actifs confisqués dans le cadre de la lutte contre la corruption.

Entouré d’une délégation ministérielle comprenant le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, et le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, ainsi que de plusieurs opérateurs économiques, le chef du gouvernement a saisi l’occasion pour réaffirmer, devant la presse, l’attachement personnel du président Tebboune à ce dossier sensible. Il a assuré que la démarche allait s’étendre prochainement à d’autres unités, citant nommément Batna et Tissemsilt comme prochaines étapes du calendrier fixé par la présidence.

M. Ghrieb a retracé la genèse de ce vaste chantier de récupération, rappelant qu’il avait démarré à Adrar avant de s’étendre à M’sila, puis à Batna, où une unité dédiée à la production de carrosseries automobiles doit être inaugurée « à la date fixée en application des instructions du président de la République ». Soulignant que la mise en service de l’usine de Reghaïa intervient dans le cadre de l’action continue du gouvernement, M. Ghrieb a rappelé, à cet égard, que le président de la République avait récemment ordonné la réalisation de la machine destinée à la fabrication des tôles utilisées pour les silos de stockage des céréales, un projet concrétisé en un délai très court.
A cette occasion, le Premier ministre a salué les efforts de la Société de maintenance de l’est (SME), filiale du Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) et qui a permis de relancer l’usine et de la mettre en service en moins de deux mois. Il a également salué les efforts consentis par la SME, dans le but de remettre en exploitation les unités industrielles confisquées.

Pour rappel, dans la wilaya d’Adrar, l’État a repris trois unités ayant appartenu à des oligarques condamnés par la justice, à savoir la briqueterie de Fenoughil, la cimenterie Timekten et une minoterie, toutes transférées au Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) via sa filiale Simca. La briqueterie de Fenoughil, longtemps freinée par un manque d’équipements et l’absence de plans opérationnels, a finalement été remise en service avec une capacité théorique de 300 000 tonnes par an et une centaine d’emplois directs à la clé.

À M’sila, c’est une unité de production de rond à béton, saisie aux frères Aissiou, qui avait été rouverte début octobre après avoir été récupérée, selon les responsables sur place, dans un état jugé « lamentable ». Cette opération s’inscrivait déjà dans une série de relances rapprochées menées par le Premier ministre, aux côtés d’une usine de trituration de graines oléagineuses à Jijel, ex-propriété du groupe Kouninef. Ces précédents témoignent d’une méthode désormais rodée avec la reprise judiciaire des actifs, leur affectation à un groupe public de tutelle, leur remise à niveau technique, puis réinjection dans le circuit productif national.

Une usine d’une capacité de 1,5 million de plaquettes de frein

L’usine inaugurée mercredi n’est autre que l’ancien site de fabrication de plaquettes de frein construit en 2017 par le groupe Tahkout, aujourd’hui repris par la Société de maintenance de l’Est (SME), filiale du groupe GICA. Le Premier ministre a salué la performance de cette dernière, qui a permis la remise en service de l’unité en moins de deux mois, tout comme elle avait auparavant assuré, dans un délai très court, la réalisation d’une machine destinée à la fabrication de tôles pour silos de stockage de céréales, sur instruction directe du président de la République. Doté d’une capacité annuelle de 1,5 million de plaquettes de frein, le site produira désormais 153 modèles différents, dont 126 pour véhicules légers et 27 pour poids lourds, couvrant 25 modèles de véhicules de tourisme de marques internationales ainsi que six marques de camions. M. Ghrieb a insisté sur l’exigence de qualité qui doit gouverner cette production, rappelant le lien direct entre les plaquettes de frein et la sécurité routière. L’objectif affiché est de couvrir entre 40 et 50 % des besoins nationaux dans ce segment, avec la création de plus de 150 emplois, dont 60 postes directs. Le Premier ministre a par ailleurs invité les anciens travailleurs du site à réintégrer leurs postes, assurant que « les portes de l’usine leur demeurent ouvertes » et que les instructions nécessaires avaient été données pour garantir de bonnes conditions de reprise.

La sous-traitance mécanique, nouveau front de la relance

Au-delà du symbole industriel, cette journée a surtout permis d’acter un tournant stratégique pour la filière de la sous-traitance automobile. En marge de l’inauguration, le Premier ministre a présidé la signature de deux accords de coopération entre la SME et deux partenaires de poids : le constructeur Stellantis El Djazaïr et la société IDENET. Ces accords visent à ancrer davantage le produit national dans les chaînes d’approvisionnement des constructeurs présents en Algérie, un enjeu de taille pour une industrie automobile locale encore largement tributaire de composants importés.

M. Ghrieb a lancé un appel appuyé aux opérateurs économiques à investir dans l’industrie des pièces de rechange, promettant un accompagnement resserré via le Guichet unique de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), chargé de simplifier les procédures et d’accélérer le traitement des dossiers. Il a précisé que les projets relevant de cette filière bénéficieraient désormais d’un « couloir vert », en application d’instructions données à l’Agence pour permettre leur concrétisation dans les meilleurs délais.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large observée ces derniers mois avec la remise en circuit d’anciennes lignes de production de liquides d’entretien automobile transférées au groupe ENAD à Tissemsilt, le lancement d’une unité de composants plastiques pour automobiles (General Plastic Injection) dans la même wilaya, ou encore les discussions en cours sur une possible relance de l’ex-usine Sovac de Relizane, qui assemblait autrefois les modèles du groupe Volkswagen. Autant de signaux convergents d’une volonté de reconstituer, pièce par pièce, un tissu de sous-traitance mécanique capable d’irriguer les futures usines de construction automobile installées en Algérie.

Réduire la dépendance aux importations

Pour les autorités, l’enjeu dépasse la seule remise en route d’un site industriel. Il s’agit de transformer des actifs longtemps à l’arrêt en outils de production générateurs de valeur ajoutée, d’emplois et de devises économisées. Selon les explications données lors de la cérémonie, l’usine de Reghaïa doit contribuer à réduire la facture d’importation des pièces détachées, renforcer le taux d’intégration locale, dynamiser le réseau du service après-vente et, à terme, ouvrir des perspectives à l’export vers les marchés extérieurs.

Le Premier ministre a conclu sa visite par une inspection détaillée des ateliers et des lignes de production, s’enquérant des équipements et des différentes étapes de fabrication, tout en insistant sur le respect des normes les plus strictes en matière de qualité.

Amar Malki

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