Le Brent perd 38% entre avril et juin : Le baril signe son pire trimestre depuis 2020
Le marché pétrolier a bouclé mardi son trimestre le plus catastrophique depuis le choc du Covid-19, le Brent ayant perdu plus de 38 % entre avril et juin, une chute directement liée à la perspective d’un retour à la normale des flux d’hydrocarbures en provenance du golfe Persique, selon une note publiée par les analystes d’ING.
Mercredi, le brut poursuit sa glissade, entraînant dans son sillage les prévisions des principales banques d’affaires internationales qui, les unes après les autres, revoient leurs estimations à la baisse pour le second semestre. Vers la mi-journée, le baril de Brent pour livraison en septembre, désormais contrat de référence, reculait de plus d’un point à 72,18 dollars, tandis que le West Texas Intermediate américain cédait un peu plus d’un point à 68,74 dollars. Ces niveaux confirment l’ampleur du dévissage engagé depuis le sommet atteint en pleine crise entre Washington et Téhéran, le Brent ayant perdu près de 39 % par rapport à son plus haut annuel selon les données rapportées par les analystes de marché.
Le facteur qui domine la séance reste la tenue à Doha de pourparlers techniques indirects entre responsables américains et iraniens, avec la médiation du Qatar et du Pakistan. Ces discussions portent notamment sur la gestion du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du brut mondial. Le trafic maritime dans la zone, qui avait nettement rebondi la semaine précédente, a toutefois ralenti depuis le week-end après deux attaques visant des navires, certains bâtiments continuant à naviguer transpondeurs éteints selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, qui estime néanmoins qu’il n’existe « pas de risque majeur que la guerre éclate de nouveau ».
Du côté de l’offre, les données de l’agence américaine de l’énergie confirment la vigueur de la production et des exportations des États-Unis. En avril, le brut américain a atteint un niveau record de 13,93 millions de barils par jour, en progression de 1,6 % sur un mois et de 3,5 % sur un an, tandis que les exportations totales de brut et de produits raffinés ont bondi à 13,61 millions de barils par jour, un record porté par un afflux de près de 3,26 millions de barils supplémentaires par jour comparé à l’année précédente. Cette montée en puissance américaine a permis au marché d’absorber une partie des pertes liées au conflit au Moyen-Orient. Les stocks commerciaux, eux, continuent de se contracter, l’American Petroleum Institute évoquant un repli de plus de six millions de barils la semaine dernière.
Face à ce rééquilibrage plus rapide que prévu, J.P. Morgan a abaissé il y a quelques jours ses perspectives de prix pour le Brent au second semestre. La banque table désormais sur une moyenne de 86 dollars le baril au troisième trimestre puis de 80 dollars au quatrième, avec un prix attendu autour de 78 dollars en fin d’année. Ses analystes justifient cette révision par des retraits de stocks de l’OCDE plus faibles qu’anticipé et par une demande pétrolière moins soutenue que prévu, précisant que les flux traversant le détroit d’Ormuz tournent désormais autour de 8,6 millions de barils par jour, contre une moyenne de 6,3 millions de barils par jour sur le mois de juin. La banque prévoit un recul supplémentaire de 50 millions de barils des stocks de l’OCDE d’ici juillet et anticipe une réduction de la production dès le début de 2027 compte tenu de l’ampleur de l’excédent attendu.
Goldman Sachs a emboîté le pas à ses concurrentes en révisant nettement à la baisse ses propres projections. La banque new-yorkaise, qui misait il y a peu sur un Brent à 90 dollars au quatrième trimestre, table désormais sur une moyenne proche de 80 dollars, et sur un WTI ramené à 75 dollars, ses équipes évoquant un risque de surplus pétrolier à court terme. Morgan Stanley et Citigroup ont procédé à des ajustements similaires, ce mouvement collectif des grandes banques d’affaires traduisant la conviction désormais partagée d’un marché mieux approvisionné après la réouverture progressive du détroit d’Ormuz.
Prudence sur le marché gazier
Sur le marché gazier, la prudence reste toutefois de mise. QatarEnergy aurait prolongé la clause de force majeure sur certaines cargaisons de gaz naturel liquéfié à destination de l’Asie et de l’Europe jusqu’en août, voire jusqu’au début septembre pour certaines livraisons, selon les analystes d’ING, les installations gazières qataries ayant été davantage endommagées par les frappes que les sites pétroliers voisins. Cette situation fragilise l’Europe, qui aborde la saison de remplissage de ses réserves avec des niveaux de stockage inférieurs à la normale et pourrait affronter l’hiver prochain sans avoir atteint ses objectifs. Le contrat à terme néerlandais TTF, référence européenne, progressait mercredi de près d’un demi-point à 43,87 euros le mégawattheure, une évolution qui contraste avec la tendance baissière observée sur le brut. Sur les marchés des métaux, le cuivre est remonté au-dessus de 13 300 dollars la tonne, porté par l’apaisement des craintes sur le trafic maritime, tandis que l’aluminium reste orienté à la baisse, la prime de risque géopolitique s’effaçant progressivement à mesure que les négociations avancent.
Samira Ghrib

