Biskra : Quand l’eau devient le principal obstacle au tourisme
À Droh, localité de la commune de Chetma dans la wilaya de Biskra, l’insuffisance de l’approvisionnement en eau freine depuis plusieurs années le développement des projets touristiques, alors même que cette oasis alimente une large part de la ville de Biskra en eau potable grâce à ses 14 forages. Deux investissements emblématiques, l’hôtel « Le Jardin Vert » et le parc de loisirs « My Kingdom Viking », illustrent ce paradoxe qui limite la création d’emplois et de valeur ajoutée dans une région pourtant idéale pour le tourisme de détente et l’écotourisme.
Nichée à une vingtaine de kilomètres à l’est de Biskra, la paisible oasis de Droh, relevant de la commune de Chetma, offre tous les ingrédients d’une destination touristique prometteuse. Ancienne palmeraie, paysages naturels préservés, calme, authenticité et richesse du patrimoine oasien en font un cadre propice au tourisme de détente et à l’écotourisme. Pourtant, derrière ce potentiel se cache un paradoxe qui pénalise les investisseurs, celui de l’insuffisance des ressources en eau mises à leur disposition. Cette localité, qui ne compte que quelques centaines d’habitants vivant principalement de l’agriculture, de l’élevage et du petit commerce, est pourtant réputée pour l’abondance de ses ressources hydriques. Pas moins de 14 forages alimentent la ville de Biskra en eau potable d’excellente qualité, faisant de Droh l’un des principaux réservoirs hydrauliques de la région. Or, cette richesse ne profite que très peu aux projets touristiques implantés sur place. Les investisseurs dénoncent des contraintes qui freinent l’exploitation optimale de leurs infrastructures, alors même que les pouvoirs publics encouragent le développement du tourisme saharien et oasien dans le cadre de la diversification de l’économie nationale.
Parmi les réalisations les plus emblématiques figure l’hôtel « Le Jardin Vert », implanté au cœur d’une ancienne palmeraie dont les palmiers centenaires ont été soigneusement préservés. L’établissement offre un environnement naturel exceptionnel, propice au repos, au tourisme familial et à la remise en forme. Fruit de plusieurs années d’investissement et de démarches administratives, cet hôtel dispose de 12 chambres et de 2 suites répondant aux standards d’accueil d’une clientèle en quête de dépaysement et de tranquillité. L’établissement a bénéficié de l’ensemble des autorisations nécessaires à sa mise en exploitation, à l’exception du permis de forage devant lui permettre d’assurer une alimentation en eau conforme aux besoins de la structure. Séduit par la beauté du site, l’investisseur avait décidé, il y a plusieurs années, d’y concrétiser son projet dans le cadre des dispositifs publics d’encouragement au tourisme. Aujourd’hui, toutes les autorisations d’exploitation ont été obtenues, mais l’absence de permis de forage continue de limiter le plein fonctionnement de l’établissement. Classée en zone soumise à des restrictions hydrauliques, la région ne permet pas, pour l’heure, la réalisation de nouveaux forages. L’hôtel dépend ainsi exclusivement du réseau public de distribution, dont les volumes restent insuffisants pour assurer le fonctionnement normal d’un établissement touristique, notamment durant les périodes de forte affluence.
La même problématique touche le parc de loisirs « My Kingdom Viking », un projet original porté par une famille de la région. Inspiré de l’univers des Vikings, ce complexe propose un concept inédit dans la région, avec des espaces de détente, des pergolas, des bungalows, des aires de jeux, une piscine destinée aux enfants ainsi que des bassins paysagers où évoluent cygnes et oies. Pensé comme un lieu de loisirs pour les familles et les visiteurs de passage à Biskra, ce parc ambitionne de contribuer à l’élargissement de l’offre touristique locale. Toutefois, son développement reste lui aussi fortement conditionné par la disponibilité de l’eau. Le promoteur du parc affiche l’ambition d’offrir aux familles un espace de détente de qualité tout en contribuant à la relance de l’activité touristique de Droh. Mais les besoins en eau demeurent essentiels, notamment pour respecter les normes d’hygiène applicables aux piscines et aux installations de loisirs.
Au-delà de ces deux exemples, c’est toute la dynamique de développement touristique de Droh qui risque d’être freinée si cette contrainte persiste. Dans les métiers de l’hôtellerie et des loisirs, l’eau constitue une ressource stratégique indispensable au fonctionnement quotidien des établissements, à l’entretien des espaces verts, aux installations sanitaires, aux piscines ainsi qu’au confort des visiteurs. Les professionnels du secteur estiment que la levée de ces contraintes, dans le respect des équilibres hydrauliques de la région, permettrait d’encourager de nouveaux investissements créateurs d’emplois et de richesses. Une meilleure disponibilité de l’eau offrirait également à Droh l’opportunité de valoriser pleinement son patrimoine naturel et de renforcer l’attractivité touristique de la région de Biskra, déjà réputée pour ses oasis, ses paysages sahariens et son climat.
À l’heure où l’Algérie mise sur le développement du tourisme intérieur comme levier de diversification économique, la situation de Droh illustre l’importance d’accompagner les investisseurs en levant les obstacles techniques susceptibles de ralentir leurs projets. Car sans une réponse durable à la problématique de l’eau, Droh risque de voir son formidable potentiel touristique demeurer inexploité. Un paradoxe pour une oasis qui contribue chaque jour à alimenter Biskra en eau potable, mais qui peine encore à satisfaire les besoins de ses propres investisseurs. Mais si demain les contraintes hydrauliques trouvent une solution adaptée, Droh pourrait aussi alimenter un véritable pôle touristique capable de créer des emplois, de dynamiser l’économie locale et de redonner vie à cette oasis aux multiples richesses.
Zakia Merabet

