Gouvernance de l’intelligence artificielle : L’Algérie plaide pour une IA au service des pays du Sud
Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a pris part, à la tête d’une délégation de haut niveau, aux travaux du Dialogue mondial sur la « gouvernance de l’intelligence artificielle », organisé sous l’égide des Nations unies à Genève, en Suisse, a indiqué lundi un communiqué du ministère. La participation de l’Algérie à ce rendez-vous international s’inscrit, selon la même source, dans le cadre de son engagement à contribuer à l’élaboration d’un système international équilibré de gouvernance de l’intelligence artificielle, de nature à renforcer le développement durable, préserver la souveraineté des États et servir les intérêts communs de la communauté internationale. Devant un parterre de représentants gouvernementaux, d’acteurs du secteur privé et du monde universitaire venus de plus d’une centaine de pays, le ministre a livré une intervention axée sur la nécessité d’une approche inclusive de ces technologies. « L’intelligence artificielle n’est plus une simple question technologique, mais elle est devenue un enjeu de développement et de souveraineté », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que sa gouvernance doit être « globale et équitable » et garantir la participation des pays en voie de développement à la conception et au développement des systèmes d’intelligence artificielle, plutôt que de cantonner ces derniers à un simple rôle de consommateurs.
Au-delà des déclarations de principe, M. Zerrouki a appelé à un véritable saut qualitatif dans la mise en œuvre des engagements internationaux en la matière. Il a ainsi plaidé pour « le passage des principes généraux à des mécanismes exécutoires concrets », citant notamment le renforcement des capacités, le transfert de technologie et le partage de la connaissance comme leviers indispensables pour combler l’écart numérique entre les nations.
Cette prise de position algérienne fait écho aux orientations défendues par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a présidé l’ouverture de ce premier Dialogue mondial du genre. Dans son allocution, le chef de l’ONU a averti que le monde ne pouvait se permettre d’improviser face à l’essor de ces technologies, plaidant pour « une gouvernance pensée et organisée » plutôt qu’« une dérive laissée au hasard ». Il a également mis en garde contre trois risques majeurs ; la vitesse effrénée du développement de l’IA, la concentration des capacités entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises et de pays, ainsi que la menace pesant sur l’intégrité de l’information du fait des contenus générés artificiellement.
M. Guterres a par ailleurs articulé sa vision autour de quatre priorités à savoir la sécurité, le respect des droits humains, le renforcement des capacités des pays en développement et la transparence, des orientations qui rejoignent largement les préoccupations exprimées par le ministre algérien concernant l’équité et l’inclusion des pays du Sud dans la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.
Le secrétaire général de l’ONU a en outre annoncé la soumission prochaine à l’Assemblée générale de recommandations en faveur d’un Fonds mondial pour l’IA, destiné précisément à renforcer les capacités des pays en développement, dans la même logique que celle défendue par l’Algérie lors de cette rencontre. « Nous ne pouvons pas laisser la fracture numérique se transformer en fracture de l’intelligence artificielle », a-t-il averti à cette occasion. La participation algérienne à ce dialogue mondial, qui s’est étalé sur deux journées, traduit ainsi la volonté d’Alger de peser dans les négociations internationales relatives à l’encadrement de ces technologies émergentes, à un moment où plusieurs puissances cherchent à imposer leurs propres standards en la matière. En insistant sur le renforcement des capacités et le transfert technologique, le chef de la diplomatie numérique algérienne a positionné le pays parmi les voix plaidant pour un rééquilibrage des rapports de force dans un secteur stratégique appelé à redessiner l’économie mondiale des prochaines décennies. Cette rencontre de Genève, qui se veut la première d’une série de dialogues appelés à se pérenniser, ambitionne de dégager une vision internationale commune sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, dans un contexte marqué par l’absence, à ce jour, d’un cadre juridique international unifié régissant le développement et l’usage de ces technologies.
Malik Meziane

