Hydrogène vert et gaz naturel : Comment l’Algérie s’impose comme pilier de la sécurité énergétique allemande
Le partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Allemagne franchit une nouvelle étape, avec une coopération qui s’étend désormais du gaz naturel à l’hydrogène vert, dans un contexte où Berlin cherche à sécuriser durablement ses approvisionnements tout en accélérant sa transition énergétique, selon des déclarations du président-directeur général du groupe allemand VNG, Ulf Heitmüller, rapportées par le journal Wirtschaft in Sachsen.
Depuis 2024, la coopération entre Sonatrach et le groupe gazier allemand VNG (Verbundnetz Gas) a pris une dimension stratégique pour Berlin. Confronté à l’arrêt des livraisons russes qui avait fragilisé l’ensemble de son dispositif d’approvisionnement, le premier distributeur de gaz en Allemagne a dû repenser en profondeur sa stratégie d’approvisionnement, plaçant l’Algérie au rang de fournisseur de premier plan aux côtés de la Norvège et des États-Unis pour le gaz naturel liquéfié. Selon Ulf Heitmüller, « afin de garantir un haut niveau de sécurité d’approvisionnement, nous diversifions constamment nos sources de gaz. Cette énergie provient principalement de Norvège et d’Algérie, et sous forme de GNL, par exemple, des États-Unis ». Cette diversification illustre la place croissante qu’occupe le gaz algérien dans l’équation énergétique allemande, à un moment où la sécurité des approvisionnements demeure une priorité absolue pour l’ensemble du continent européen.
1,2 million de tonnes d’hydrogène vert
Mais la relation entre les deux groupes ne se limite plus aux hydrocarbures. VNG affiche désormais l’ambition d’étendre son partenariat avec l’Algérie vers l’hydrogène vert, l’ammoniac vert et les technologies bas carbone, dans le cadre du SoutH2 Corridor, présenté comme l’un des piliers de la stratégie européenne de décarbonation. Cette infrastructure vise à acheminer environ 1,2 million de tonnes d’hydrogène renouvelable produit en Algérie vers plusieurs marchés européens, dont l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, consolidant ainsi le rôle du territoire algérien comme futur hub de production pour le vieux continent. Pour appuyer cette ambition, le dirigeant allemand a précisé que son groupe « prévoit d’investir jusqu’à 5 milliards d’euros au cours des 10 prochaines années, principalement pour renforcer ses activités et ses infrastructures liées à l’hydrogène et au biogaz », une part significative de cette enveloppe devant être consacrée à la modernisation des infrastructures situées en Allemagne de l’Est.
Cette vision de long terme, exposée par le PDG de VNG, s’inscrit dans une trajectoire clairement affichée par le groupe allemand qui entend accompagner la mutation du système énergétique européen. « Notre objectif est clair, nous voulons contribuer activement à façonner le système énergétique, en le rendant renouvelable, résilient et de plus en plus neutre en carbone », a-t-il ajouté, soulignant par la même occasion l’ancrage régional de ces investissements pour l’économie allemande. Cela reflète la double préoccupation pour Berlin, celle d’assurer la continuité de ses approvisionnements gaziers dans l’immédiat tout en bâtissant les fondations d’un approvisionnement décarboné pour les décennies à venir, l’Algérie apparaissant comme un partenaire capable de répondre à ces deux exigences simultanément grâce à son potentiel gazier et à ses capacités de production d’énergies renouvelables.
Corridor énergétique vert
Cette dynamique bilatérale a été confirmée en juin dernier par une rencontre entre le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et le président de VNG, dans la foulée de la signature, le 17 juin, d’un mémorandum d’entente entre Sonatrach et le groupe allemand. Pour mémoire, ce document, paraphé au siège de la direction générale de Sonatrach en présence de son président-directeur général, Nour Eddine Daoudi, ainsi que de Ulf Heitmüller et de Hans-Joachim Polk, membre du conseil d’administration de VNG, avait pour objet d’explorer de nouvelles synergies entre les deux groupes, notamment dans le développement de projets liés à l’hydrogène vert et à l’ammoniac, ainsi que dans la réduction des émissions de méthane. Ce mémorandum s’inscrivait dans la continuité d’un premier protocole d’accord conclu entre les deux parties en décembre 2022, et visait à réaffirmer l’engagement commun des deux groupes à relever les défis de la décarbonation du secteur des hydrocarbures.
Au-delà des seuls intérêts commerciaux, cette coopération renforcée entre Alger et Berlin dessine progressivement les contours d’un corridor énergétique vert reliant les deux rives de la Méditerranée, porté à la fois par l’urgence de sécuriser les approvisionnements gaziers européens et par la nécessité d’accélérer la transition vers des sources d’énergie neutres en carbone. Pour l’Algérie, cette dynamique confirme sa capacité à se positionner non seulement comme fournisseur traditionnel d’hydrocarbures, mais aussi comme acteur incontournable de la nouvelle géographie énergétique européenne, à l’heure où l’hydrogène vert s’impose progressivement comme un vecteur stratégique de la sécurité énergétique du continent.
Amar Malki

