Annaba : Dix bâtisses bientôt restaurées au cœur de la médina
Une réunion de coordination a regroupé la directrice de la Culture et des Arts, les services techniques de la commune, la direction de l’Urbanisme et de la Construction ainsi que plusieurs bureaux d’études afin d’établir les priorités d’intervention.
La direction de la Culture et des Arts de la wilaya d’Annaba a lancé, cette semaine, un programme de restauration portant sur dix demeures anciennes, connues localement sous le nom de « dar », ainsi que sur l’ancienne « Saraya », dans le cadre d’un vaste projet de sauvegarde de la médina historique de « Place d’Armes » (Blas Darm). Ces bâtiments, dont certains remontent à l’époque ottomane tandis que d’autres datent de la période coloniale, figurent parmi les derniers témoins d’un patrimoine urbain exceptionnel ayant résisté aux effets du temps. Ils conservent encore une grande partie de leurs caractéristiques architecturales d’origine et constituent un véritable livre ouvert sur l’histoire pluriséculaire de la cité. Selon les services de la wilaya, cette opération s’inscrit dans un programme global de réaménagement de la vieille ville qui sera réalisé sur une période de quatre ans. L’objectif est de redonner tout son cachet historique à ce secteur sauvegardé et d’en faire un véritable pôle culturel et touristique capable d’attirer visiteurs, chercheurs et amateurs du patrimoine. En parallèle, la commune d’Annaba a engagé des travaux d’urgence pour sécuriser plusieurs immeubles anciens menaçant ruine. Des opérations d’étaiement sont actuellement menées sur les murs porteurs et les parties communes grâce à l’installation de structures métalliques destinées à stabiliser les édifices les plus fragilisés, sous la supervision de bureaux d’études spécialisés dans la restauration du patrimoine bâti. Ces interventions constituent une première étape avant le lancement des chantiers de restauration définitive des constructions datant aussi bien de la période ottomane que de l’époque coloniale.
Une réunion de coordination a regroupé la directrice de la Culture et des Arts, les services techniques de la commune, la direction de l’Urbanisme et de la Construction ainsi que plusieurs bureaux d’études afin d’établir les priorités d’intervention. Les participants ont examiné l’état de conservation des bâtiments anciens, tout en élaborant un programme d’action visant à concilier la sécurité des habitants avec la préservation du tissu urbain historique. Les expertises permettront de distinguer les immeubles susceptibles d’être restaurés de ceux dont la dégradation est irréversible et qui devront être démolis afin d’écarter tout risque pour les riverains. Le président de l’Assemblée populaire communale (P/APC) d’Annaba, Abdelkrim Kelaïa, a indiqué que les travaux de consolidation concernent actuellement trois rues situées autour de Dar El Kadi, dans l’attente du lancement des opérations de restauration pilotées par la direction de la Culture. Lors d’une récente réunion consacrée au Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de la médina, le wali d’Annaba, Abdelkrim Lamouri, a insisté sur la nécessité d’élargir la concertation. Il a appelé à associer les enseignants de la faculté d’architecture, les spécialistes en archéologie ainsi que les acteurs de la société civile investis dans la protection du patrimoine afin d’enrichir le projet de leurs expertises scientifiques et de leur connaissance du terrain. Le chef de l’exécutif a également demandé la mise en place d’une commission de suivi regroupant l’ensemble des secteurs concernés afin d’assurer une meilleure coordination des interventions. Estimant que cette étude constitue « la dernière opportunité » pour sauver la vieille ville, il a insisté sur la nécessité d’un suivi technique permanent durant toutes les phases du projet.
Occupant une superficie d’environ 17 hectares, la vieille ville de « Place d’Armes » est classée secteur sauvegardé depuis mai 2013. Elle constitue l’un des plus anciens noyaux urbains d’Annaba et conserve les traces des différentes civilisations qui se sont succédé sur le site, depuis l’antique Hippo Regius jusqu’aux périodes médiévale, ottomane et coloniale. La médina actuelle s’est principalement développée durant la période ottomane, entre le XVIe et le XIXe siècle, derrière ses remparts, autour d’un tissu dense de ruelles étroites, de maisons à patios, de petites placettes et d’édifices religieux qui reflètent les traditions architecturales du Maghreb et de la Méditerranée. Elle abrite notamment la mosquée Abou Merouane, édifiée en 1033 sous la dynastie ziride, considérée comme l’un des plus anciens lieux de culte d’Algérie encore en activité, ainsi que la mosquée du Bey, construite en 1792 durant la période ottomane. Toutes deux sont classées au patrimoine national.
Selon l’Office communal de restauration et de réhabilitation des quartiers anciens d’Annaba (OCRAFA), plus de 11 000 constructions anciennes ont fait l’objet d’expertises techniques à travers la ville. Elles représentent près de 80 % du patrimoine bâti ancien du centre-ville et sont réparties dans douze quartiers. La vieille ville de « Place d’Armes » concentre à elle seule 2 405 bâtiments, dont 71 sont aujourd’hui considérés comme menaçant ruine. Une première campagne de restauration, menée entre 2005 et 2009, avait permis la réhabilitation de plusieurs édifices emblématiques, notamment Dar El Kadi, aujourd’hui siège de l’Office communal de restauration, Dar Larguech, remarquable demeure de style arabo-islamique, ainsi que les mosquées du Bey, appelée aussi Djamaa El Bey et Abou Marouane. Longtemps différée, la relance de ce vaste chantier apparaît désormais comme un enjeu majeur pour la préservation de l’identité historique d’Annaba.
Sofia Chahine

