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Ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset : La BAD mobilise un second financement de 878,09 millions USD

Le Conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, le 13 juillet 2026 à Abidjan, un financement de 878,09 millions de dollars en pour la seconde tranche du projet de construction de la ligne ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa. L’objectif affiché par l’institution panafricaine est renforcer la compétitivité du transport ferroviaire, structurer l’aménagement du territoire dans le Grand Sud algérien et consolider l’intégration régionale sur l’axe de la Transsaharienne ferroviaire qui doit, à terme, relier Alger à Tamanrasset.

Le projet dans son ensemble porte sur 495 kilomètres de voie ferrée nouvelle, répartis en deux tranches consécutives. La première, la section Laghouat-Ghardaïa longue de 265 kilomètres, a été approuvée par le Conseil de la Banque en décembre 2025 et se trouve déjà en phase active de mise en œuvre avec l’accord de prêt signé le 16 avril dernier, les appels d’offres pour les principaux lots de travaux publiés et soumissions déposées début juin. La seconde tranche, objet de la seconde opération, couvre le tronçon Ghardaïa-El Meniaa de 230 kilomètres, dans la wilaya de Ghardaïa et celle, nouvellement créée, d’El Meniaa. Elle comprend également l’acquisition de matériel roulant, des aménagements intégrés au bénéfice des jeunes et des femmes, ainsi que des activités d’appui institutionnel à l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF), maître d’ouvrage délégué pour le compte du ministère des Travaux publics et des Infrastructures de base.

Le coût total de cette deuxième tranche est évalué à 856,51 millions d’unités de compte, soit environ 1,175 milliard de dollars. Il est financé à 74,72 % par la BAD, à 23,44 % par la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), cofinancier du projet, et à hauteur résiduelle par le budget d’investissement de l’État algérien. Sur l’ensemble des deux tranches, la contribution de la Banque africaine de développement représente près de 60 % du coût global du projet, ce qui a nécessité une dérogation à la règle de partage des coûts, justifiée par la Banque au regard de l’engagement de l’Algérie dans son programme de développement, du niveau de financement déjà consacré au secteur ferroviaire et de la soutenabilité de ses finances publiques.

Désenclaver le Sud, réduire les coûts logistiques

Concrètement, l’intervention de la BAD doit permettre de désenclaver les bassins de production agricole et minière des wilayas de Ghardaïa et El Meniaa, où treize unités d’extraction de phosphates sont déjà recensées et où un vaste projet agricole algéro-saoudien de plus de 20 000 hectares est en cours de développement. Le rapport d’évaluation de la Banque table sur une réduction sensible des coûts et des délais de transport sur le corridor Alger-El Meniaa, aujourd’hui largement tributaire de la route, avec à la clé un potentiel de trafic de fret pouvant atteindre 4,1 millions de tonnes à l’horizon 2080 sur cette seule section. Sur le plan social, le chantier doit générer environ 6 000 emplois directs temporaires, dont 40 % réservés aux jeunes et 15 % aux femmes, ainsi que près de 8 500 emplois indirects et induits dans le BTP, la logistique et le commerce local. Un millier de personnes bénéficieront par ailleurs de formations aux métiers ferroviaires, à la logistique, au tourisme et à l’artisanat, via une convention avec l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat (ANADE). Un budget de 10,04 millions de dollars est spécifiquement dédié à la promotion de l’égalité de genre, avec des aménagements pensés pour la sécurité des femmes dans les gares et les espaces d’attente. Le volet environnemental n’est pas en reste. Le projet, classé en catégorie 1 au regard de son impact environnemental et social, prévoit la plantation de près de 83,45 hectares pour la fixation des dunes, l’aménagement de passages à faune et une réduction attendue des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 56 319 tonnes de CO2 équivalent par an, grâce au report modal de la route vers le rail. Le projet mobilisera à cet effet 132 millions de dollars de finance climatique dédiée à l’adaptation.

Charnière entre l’Afrique et la Méditerranée

Dans son communiqué, la Banque a insisté sur la dimension continentale du projet. « À travers ce financement, la Banque africaine de développement accompagne l’Algérie dans la réalisation d’une infrastructure ferroviaire structurante, porteuse de transformation économique, de connectivité territoriale et d’intégration régionale », a déclaré Mike Salawou, directeur du département des Infrastructures et du Développement urbain du Groupe de la Banque. Pour le responsable du bureau pays de la BAD en Algérie, Abdoulkader Dileita, ce projet « conforte la position de l’Algérie comme charnière entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe », en reliant populations, mines et ports pour une exploitation optimale des ressources du pays.

Cette insistance sur l’intégration régionale n’a rien d’un exercice de style. La ligne Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa constitue en effet un maillon du Corridor transafricain n°2 Alger-Lagos, dont l’itinéraire algérien doit relier à terme Alger à la frontière algéro-nigérienne sur un linéaire de 2 439 kilomètres, dont 308 kilomètres entre Alger et Laghouat sont déjà en exploitation. Avec la présente tranche, la part du corridor aménagée et opérationnelle doit passer de 11 % à 20 %. Le rapport d’évaluation de la Banque rattache explicitement l’opération à trois des quatre « points cardinaux » de sa nouvelle vision stratégique soit l’accès amélioré au capital, via le cofinancement de la BAII estimé à 677 millions de dollars, l’exploitation de la transformation démographique pour le développement économique, à travers les 15 000 emplois directs et indirects générés par les deux tranches du projet, dont 41 % pour les jeunes et la construction d’infrastructures résilientes au climat, à travers 495 kilomètres de voies conçues pour résister aux pluies, aux chaleurs extrêmes et aux vents de sable sahariens. Le projet s’inscrit également dans le Document de stratégie pays 2025-2030 de la Banque pour l’Algérie, dont le premier domaine prioritaire vise justement à « promouvoir les infrastructures en appui au développement économique et à l’intégration régionale ».

Selon le calendrier de traitement retenu par la Banque, l’entrée en vigueur du prêt est attendue pour le 6 octobre 2026, avec un démarrage effectif des travaux dans la foulée et des premiers décaissements dès le mois d’octobre. La mise en œuvre de cette seconde tranche doit s’étaler jusqu’au 31 décembre 2031, date de clôture prévue du projet, avec une revue à mi-parcours programmée en octobre 2028. D’ici là, l’ANESRIF devra notamment finaliser la sélection des entreprises adjudicataires des travaux, un processus attendu au cours de ce mois de juillet, pour une signature des contrats en août, et poursuivre l’indemnisation des 91 personnes affectées par le projet recensées dans le Plan d’action de réinstallation couvrant les deux tranches de la ligne.

Sabrina Aziouez

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