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Scandale d’espionnage Pegasus : Le Makhzen et Abu Dhabi rattrapés par de nouvelles preuves accablantes

De nouvelles révélations, publiées par un consortium international réunissant 17 médias européens, dont Forbidden Stories et le titre espagnol El Confidencial, viennent enfoncer un peu plus le régime marocain dans le scandale d’espionnage planétaire lié au logiciel israélien Pegasus, tout en mettant clairement en cause l’implication des Emirats arabes unis dans cette sordide entreprise de surveillance de masse ayant visé des milliers de personnalités à travers le monde, dont le président français Emmanuel Macron.

Cinq ans après l’éclatement de cette affaire, en juillet 2021, le Makhzen, longtemps arc-bouté sur une posture de déni systématique, se retrouve confronté à un faisceau de preuves toujours plus difficile à réfuter. Les nouveaux éléments réunis par les enquêteurs confirment que les services de renseignement marocains, sous la houlette d’Abdellatif Hammouchi, patron de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et de la sûreté nationale, ainsi que de Yassine Mansouri, à la tête du renseignement extérieur, ont bien acquis et exploité ce logiciel espion pour cibler journalistes, opposants et responsables étrangers.

L’affaire avait éclaté en juillet 2021, lorsque le ministre français d’alors chargé des Outre-mer, Sébastien Lecornu, avait dû remettre son téléphone professionnel aux experts de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour vérifier une éventuelle infection par Pegasus. Les analyses avaient alors révélé des traces du logiciel malveillant non seulement sur son appareil, mais également sur ceux de six autres ministres ou anciens ministres français. Plus troublant encore, les mêmes marqueurs techniques avaient été retrouvés dans les téléphones du journaliste marocain Omar Radi et du porte-parole du Front Polisario en Europe, Oubi Bachir Bouchraya, établissant un lien direct entre la surveillance des personnalités françaises et la répression des voix dissidentes au Maroc, ainsi que des responsables sahraouis.

Les nouveaux documents dévoilés par le consortium journalistique apportent des éléments supplémentaires particulièrement compromettants. Lors d’un procès intenté aux Etats-Unis, un document interne de la société israélienne NSO Group, conceptrice de Pegasus, a ainsi révélé qu’un de ses clients était désigné en interne sous le nom de code « Morgan », chaque client étant traditionnellement identifié par une marque automobile dont l’initiale correspond à celle du pays concerné. Selon des sources internes citées par la presse israélienne, ce pseudonyme renverrait précisément au Maroc.

Un témoignage de premier plan est venu appuyer ces révélations, celui d’un ancien agent de la DGST marocaine, devenu lanceur d’alerte sous le pseudonyme de Safir, recueilli par le journaliste marocain en exil Hicham Mansouri. Cette source affirme avoir personnellement assisté, dès 2017, à la mise en place de cet outil de surveillance, présenté par les autorités marocaines comme leur arme la plus redoutable pour fabriquer des dossiers compromettants contre des journalistes et des militants des droits humains, lorsque les méthodes classiques de filature ou de sonorisation s’avéraient insuffisantes.

Les Émirats arabes unis en intermédiaires

L’implication des Emirats arabes unis dans cette affaire constitue l’un des volets les plus sombres de ce dossier. Selon les informations recueillies par les enquêteurs, le Maroc serait passé par l’intermédiaire d’une société émiratie, Al Fahad, aujourd’hui intégrée à un groupe entièrement financé par Abou Dhabi, pour accéder à la technologie de NSO Group. Cette collaboration trouve une confirmation officielle dans une note confidentielle des services français de renseignement extérieur, datée de novembre 2022, établissant que le Maroc et les Emirats arabes unis ont eu recours conjointement aux produits de la société israélienne depuis au moins 2017.

Malgré l’accumulation de ces preuves, ni Rabat ni Tel-Aviv n’ont apporté la moindre coopération au juge d’instruction français en charge du dossier depuis 2022, la justice marocaine ayant systématiquement refusé d’exécuter les commissions rogatoires en maintenant sa version d’un royaume n’ayant jamais acquis ce logiciel espion.

Arrangements entre Paris et Rabat

Fait révélateur des arrangements souterrains liant Paris et Rabat, ce scandale n’a entraîné qu’une brouille diplomatique de courte durée entre les deux capitales. Quelques années plus tard, en octobre 2024, le président français reconnaissait la pseudo « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental, territoire dont le peuple sahraoui revendique pourtant le droit à l’autodétermination depuis 1975 et qui considéré par l’ONU comme un territoire à décoloniser, un revirement diplomatique qui interroge sur les véritables ressorts de cette normalisation soudaine.

L’Algérie ciblée

L’Algérie figure elle aussi parmi les cibles privilégiées de cette campagne d’espionnage marocaine. Selon les révélations les plus récentes, plus de 6 000 numéros algériens, appartenant notamment à des diplomates et à des membres du gouvernement, ont été ciblés par Pegasus, une ancienne responsable de la représentation diplomatique algérienne à Madrid figurant elle aussi parmi les victimes recensées. Ces agissements s’inscrivent dans une entreprise d’espionnage à grande échelle qui a également visé l’Espagne, où plus de 250 numéros de téléphone auraient été pris pour cible avant même que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, ne soit à son tour touché.

Ce nouvel épisode confirme, s’il en était besoin, le recours systématique du Makhzen à des pratiques d’espionnage à grande échelle, dans le cadre d’une alliance sécuritaire assumée avec Israël et les Emirats arabes unis, au mépris le plus total du droit international et de la souveraineté des Etats visés.

Lyes Saïdi

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