Vacances en Tunisie : Que cache l’évolution des habitudes des Algériens ?
À l’approche du pic de la saison estivale, le poste frontalier d’Oum Teboul, dans la wilaya d’El Tarf, n’offre plus le spectacle auquel les voyageurs étaient habitués. Les interminables files de véhicules et les longues heures d’attente qui marquaient chaque été les départs des familles algériennes vers la Tunisie semblent moins prononcées cette année.
Un constat qui alimente les débats sur les réseaux sociaux, où certains y voient le signe d’un recul de l’attractivité de la destination tunisienne. Pourtant, sur le terrain, la réalité apparaît plus complexe. En effet, depuis plusieurs semaines, Facebook, TikTok et d’autres plateformes regorgent de vidéos et de témoignages évoquant la hausse des prix, la qualité des prestations dans certaines stations balnéaires tunisiennes ou encore des expériences jugées décevantes. Ces publications, largement relayées, influencent désormais les décisions d’une partie des vacanciers, plus attentifs que par le passé aux avis diffusés en ligne avant de réserver un séjour. Toutefois, selon des sources douanières et des services de contrôle aux frontières, le trafic au niveau du poste d’Oum Teboul demeure important. Les mêmes sources ont expliqué que les mouvements de voyageurs sont aujourd’hui davantage répartis sur l’ensemble de la semaine, ce qui réduit les phénomènes de saturation observés les années précédentes. Nos sources ont également souligné que les dispositifs mis en place par les autorités algériennes et tunisiennes ont permis de fluidifier les opérations de contrôle et d’écourter sensiblement les délais de passage, donnant parfois l’impression d’une fréquentation moins élevée alors que les volumes restent soutenus.
Les facteurs derrière le recul
Si les réseaux sociaux jouent désormais un rôle non négligeable dans la préparation des vacances, ils ne constituent cependant pas le seul facteur expliquant l’évolution des flux touristiques. Le coût du séjour, les offres promotionnelles, la qualité de l’hébergement, les conditions de transport ainsi que les formalités administratives demeurent des critères déterminants dans le choix de la destination. À ces considérations s’ajoutent les nouvelles dispositions introduites par les pouvoirs publics pour encadrer l’octroi de l’allocation touristique. Désormais portée à 750 euros, celle-ci est soumise à des règles plus strictes destinées à lutter contre les détournements et les circuits parallèles de devises. Les voyageurs doivent être titulaires d’un compte bancaire en Algérie, présenter un titre de transport, un passeport en cours de validité ainsi que les justificatifs de leur séjour, tandis que l’allocation est exclusivement versée sur une carte bancaire internationale nominative délivrée par une banque nationale. En mettant fin aux pratiques qui permettaient à certains de bénéficier de cette allocation sans voyager réellement, cette réforme renforce le contrôle des sorties de devises.
Essor du tourisme national
Pour plusieurs observateurs, ces nouvelles exigences peuvent également conduire certains ménages à reconsidérer leurs projets de vacances ou à privilégier des destinations nationales lorsque le coût global d’un séjour à l’étranger devient moins avantageux. Cette évolution intervient dans un contexte où les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour promouvoir le tourisme intérieur. Les offres préférentielles proposées par plusieurs établissements hôteliers, les conventions conclues avec des organismes publics et privés ainsi que les efforts engagés pour améliorer les infrastructures touristiques commencent progressivement à produire leurs effets. De plus en plus de familles choisissent de découvrir les stations balnéaires, les sites montagneux, les stations thermales ou les circuits sahariens du pays, contribuant ainsi à dynamiser le tourisme national.
La Tunisie conserve malgré tout des atouts indéniables. La proximité géographique, les liens historiques entre les deux peuples, la facilité des déplacements par voie terrestre et une offre touristique diversifiée continuent d’attirer chaque été des centaines de milliers de visiteurs algériens. Les autorités tunisiennes demeurent d’ailleurs particulièrement attentives à cette clientèle, qui constitue l’un des principaux marchés émetteurs de touristes.
Au final, l’évolution des habitudes de voyage des Algériens ne peut être attribuée à un seul facteur. L’influence croissante des réseaux sociaux, les nouvelles règles encadrant l’allocation touristique, les considérations budgétaires, le développement de l’offre touristique nationale et la recherche d’un meilleur rapport qualité-prix redessinent progressivement les choix des vacanciers. La Tunisie demeure une destination privilégiée, mais elle évolue désormais dans un environnement plus concurrentiel, où les destinations algériennes gagnent elles aussi en attractivité.
Sofia Chahine

