Culture

Avant-première de « Kâtima » samedi : Le TNA lève le voile sur les silences de Lorca

« Les murs ont des oreilles, et la liberté y est un crime impardonnable ». C’est sur cette phrase, glissée en préambule de son invitation, que le Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi (TNA) convie le public à la création de sa nouvelle production, « Kâtima », samedi prochain.

L’œuvre s’inspire de « La Casa de Bernarda Alba », l’ultime pièce du dramaturge espagnol Federico García Lorca, achevée quelques semaines avant son assassinat par les forces franquistes en 1936 et créée à titre posthume à Buenos Aires en 1945. Ce texte, que Lorca sous-titrait lui-même « drame des femmes dans les villages d’Espagne », clôt sa célèbre trilogie rurale entamée avec « Noces de sang » et « Yerma ». Il y raconte le huis clos imposé par une mère autoritaire, Bernarda, à ses cinq filles après la mort de son second mari. Huit années de deuil et de réclusion totale, un carcan que seule la cadette, Adela, osera braver par amour, jusqu’au dénouement tragique.

Pour le TNA, ce classique universel devient « Kâtima », dans une adaptation signée Allal El Mouhib et portée à la scène par la metteuse en scène Amel Menighad, également comédienne bien connue des planches algériennes. Celle qui avait déjà prêté ses traits à une précédente reprise de « Bernarda Alba » au TNA en 2018 passe cette fois de l’autre côté du rideau, à la tête d’une équipe qu’elle a voulue à la croisée d’une scénographie soignée et d’une lecture résolument actuelle du texte lorquien.

Sur scène, huit comédiennes portent le spectacle, Nesrine Belhadj, Souad Djenati, Linda Salem, Radja Haouari, Asma Cheikh, Khadidja Mezini, Hadjer Siraoui et Karima Nait. La mise en scène s’accompagne d’une création musicale signée Hassan Lâamamra, d’une chorégraphie conçue par Samar Bendaoud et d’une scénographie imaginée par Moussa Noun, le tout piloté par le régisseur général Mahrez Taboudjemâa, avec Linda Salem à l’assistanat à la mise en scène. La production bénéficie par ailleurs du soutien du Fonds national de développement des arts et des lettres (FDATIC).

La première aura lieu à la salle Mustapha Kateb du TNA, où le public est invité à découvrir cette relecture algérienne d’un texte qui n’a rien perdu de sa force contestataire près de neuf décennies après sa rédaction. Doyen des théâtres du pays, le TNA est la plus grande salle de spectacle d’Algérie. Il continue aujourd’hui d’y faire vivre les grands textes du répertoire mondial, entre fidélité au patrimoine dramatique et audace de la création contemporaine. En choisissant de transposer l’oppression domestique andalouse dans un cadre « kâtima », littéralement, celle qui étouffe ou qui tait, l’équipe du TNA semble vouloir interroger, à travers le prisme lorquien, des mécanismes de silence et de contrôle qui résonnent bien au-delà de l’Espagne des années 1930.

Mohand Seghir

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *