Trump cherche à resserrer l’étau économique sur l’Iran : Les sanctions US « violent la souveraineté de plusieurs pays »
Les États-Unis et l’Iran s’opposent une nouvelle fois sur la question des sanctions économiques, Téhéran accusant Washington de vouloir imposer sa volonté aux autres nations du monde après que le président américain a menacé tout pays continuant de commercer avec la République islamique.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a réagi samedi sur le réseau social X en dénonçant une tentative américaine de contraindre les États membres des Nations Unies à se plier à ses exigences. Selon lui, aucune nation ne saurait imposer à des banques, des entreprises ou des aéroports étrangers de cesser leurs échanges avec l’Iran. Le responsable iranien a estimé que cette politique risquait de fragiliser le principe de souveraineté nationale, pilier du système international bâti après la Seconde Guerre mondiale, et pourrait même ouvrir la voie à une forme de retour du colonialisme.
Cette sortie fait suite à l’annonce faite mercredi par Donald Trump du lancement d’une campagne économique qu’il a qualifiée de particulièrement offensive contre l’Iran. Le président américain a averti que toute institution financière, entreprise, aéroport ou agence gouvernementale entretenant des liens commerciaux avec Téhéran s’exposerait à de lourdes conséquences économiques. Le lendemain, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a durci le ton en évoquant la possibilité que ces nouvelles mesures provoquent l’effondrement du pouvoir iranien, tout en résumant la position de Washington par une formule tranchée invitant les pays à choisir leur camp.
Face à ces annonces, l’Iran affiche une relative sérénité, fort de plusieurs décennies d’expérience dans la gestion des sanctions américaines. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a jugé que ces nouvelles mesures étaient vouées à l’échec. Sur X, il a rappelé un précédent en republiant un texte de l’ancien président américain Barack Obama datant de 2012 sur les sanctions contre l’Iran, suggérant que les dispositifs envisagés aujourd’hui ne différaient guère de ceux déjà tentés par le passé sans succès décisif.
Ce nouvel échange intervient alors que les canaux diplomatiques entre les deux pays restent bloqués. La marine américaine poursuit le blocus des ports iraniens, et le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz demeure fortement perturbé. Selon l’agence iranienne Irna, Téhéran a néanmoins délivré des autorisations spéciales à certains pétroliers irakiens pour traverser le détroit, une pratique en vigueur depuis le début du conflit. De son côté, le média américain Axios avance que Washington aurait mis en place un dispositif militaire discret permettant à une vingtaine de pétroliers de franchir chaque nuit le détroit malgré le blocus, pour un volume estimé à dix millions de barils de brut par jour.
Pékin s’oppose aux sanctions
Le président iranien Massoud Pezeshkian a de son côté estimé que son pays se trouvait en position de force et qu’il était temps de mettre un terme au conflit. Lors d’une rencontre avec des membres du corps médical, il a affirmé qu’il valait mieux arrêter la guerre maintenant, dans la dignité, alors que selon lui le monde reconnaît la résistance iranienne et dénonce des frappes américaines ayant visé des écoles, des hôpitaux et des infrastructures civiles en violation des règles internationales.
La Chine, principal partenaire commercial de l’Iran, a également pris position en rejetant l’appel de Washington à davantage de coercition économique contre Téhéran. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a estimé que les sanctions et les pressions ne permettraient pas de résoudre le différend, appelant toutes les parties à privilégier la voie politique et diplomatique. Il a par ailleurs affirmé que Pékin s’opposait aux sanctions unilatérales qu’il juge dépourvues de fondement en droit international et non validées par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Alors que les postures se durcissent de part et d’autre, aucune reprise formelle des négociations n’a pour l’instant été annoncée, et la situation dans le détroit d’Ormuz continue de cristalliser les tensions entre les grandes puissances impliquées dans ce dossier.
Lyes Saïdi

