APPO : La première plateforme africaine du contenu local dans les hydrocarbures lancée
L’Organisation des producteurs de pétrole africains va mettre en service mercredi la toute première plateforme panafricaine des appels d’offres du secteur énergétique, un outil pensé pour ouvrir davantage les marchés du continent aux entreprises locales. L’annonce a été faite mardi par l’organisation elle même, qui présente cette initiative comme une étape inédite dans sa stratégie de promotion du contenu local. Selon l’APPO, cette plateforme « devra permettre au continent de capter davantage de valeur ajoutée, de renforcer ses capacités industrielles et de créer des opportunités équitables au profit des entreprises africaines ». L’outil s’inscrit dans un travail de fond mené depuis plusieurs mois par le secrétariat de l’organisation, basé à Brazzaville, où doit d’ailleurs se tenir la cérémonie de lancement. Le secrétaire général de l’APPO, l’Algérien Farid Ghezali, porte ce dossier depuis sa prise de fonction en janvier dernier. Il avait déjà détaillé, dans une déclaration récente, les ambitions attachées à cet outil numérique. Il doit notamment permettre de recenser les entreprises africaines actives dans la chaîne de valeur énergétique et de publier des appels d’offres réservés en priorité aux sociétés du continent. Ghezali a également indiqué que cette plateforme devrait déboucher sur un véritable bulletin africain des appels d’offres, sur le modèle du Bulletin des appels d’offres du secteur de l’énergie et des mines qui existe déjà en Algérie.
Le secrétaire général avait insisté sur le potentiel industriel du continent, rappelant que l’Afrique dispose de compagnies nationales, publiques comme privées, capables de mener de grands projets conformément aux standards internationaux. L’enjeu affiché va au delà des seuls grands groupes. L’objectif est aussi de donner leur chance aux petites et moyennes entreprises locales, aux côtés des majors africaines, dans la perspective de faire émerger une véritable chaîne de sous-traitance continentale.
Ce lancement s’inscrit dans un contexte où l’APPO affiche des ambitions élevées sur le contenu local. L’organisation s’est fixé l’objectif d’atteindre 50% de contenu local dans l’ensemble de ses secteurs pétroliers et gaziers d’ici 2030, un cap réaffirmé en début d’année lors des célébrations de son 39e anniversaire à Brazzaville. Le continent produit aujourd’hui entre 7 et 8 millions de barils par jour, mais en exporte environ 70% à l’état brut, faute d’infrastructures suffisantes de transformation et de raffinage. Pour corriger ce déséquilibre, l’organisation travaille en parallèle sur un modèle de raffinage mutualisé articulé autour de cinq hubs régionaux couvrant l’Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est et australe, avec à la clé oléoducs de distribution et complexes pétrochimiques intégrés.
Cette dynamique suscite un intérêt croissant au delà des dix huit Etats membres actuels de l’organisation, avec des pays comme la Mauritanie, le Mozambique ou la Guinée qui envisageraient de la rejoindre. L’expertise algérienne y occupe une place particulière, reconnue selon Ghezali dans plusieurs domaines liés au gaz, à la recherche et à la formation.
Fondée en 1987 à l’initiative de l’Algérie et de plusieurs pays africains producteurs de pétrole, l’APPO reste ce cadre institutionnel qui coordonne les politiques pétrolières entre pays membres et cherche à renforcer la coopération dans l’exploration, la production, le raffinage et le transfert de technologie, tout en soutenant la recherche scientifique et la formation des compétences locales. Le lancement de cette plateforme marque une nouvelle étape concrète dans cette ambition d’intégration continentale, portée cette fois par un outil numérique appelé à structurer durablement les échanges entre opérateurs africains du secteur énergétique.
S.G.

