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Conflit au Moyen-Orient : Téhéran transmet ses conditions à Washington via la médiation pakistanaise

Alors que Washington multiplie les sanctions visant à « couper toutes les ressources économiques » de Téhéran, l’Iran a mandaté le Pakistan pour porter ses conditions aux Américains en vue d’une reprise des négociations. Une médiation qu’Islamabad juge « très positive et constructive », mais qui se heurte à un différend persistant sur le détroit d’Ormuz et à une pression économique américaine que Téhéran promet de contrer par un « plan sur deux ans ».

L’Iran a chargé le Pakistan de porter ses conditions à la partie américaine en vue d’une reprise des négociations devant déboucher sur un accord mettant fin à la guerre, a indiqué mardi une source proche de l’équipe de négociation iranienne.

Cette source, citée par l’agence Tasnim, a démenti les informations selon lesquelles le chef d’état-major pakistanais, le maréchal Asim Munir, se serait rendu la veille à Téhéran porteur d’un message de menace émanant des États-Unis. Selon elle, la démarche du médiateur pakistanais visait au contraire à rouvrir un espace de dialogue et à faire remonter les positions iraniennes vers Washington. « Lors des rencontres tenues avec Asim Munir, les positions iraniennes ont été communiquées de façon claire et directe à la partie pakistanaise », a-t-elle précisé. Toujours d’après cette source, le retour des États-Unis au mémorandum d’entente d’Islamabad et l’application de l’ensemble de ses clauses, notamment le cinquième point relatif aux arrangements iraniens concernant le détroit d’Ormuz, figurent parmi les exigences transmises par la voie pakistanaise, Islamabad s’employant désormais à les porter jusqu’à Washington.

Un responsable du gouvernement pakistanais a de son côté déclaré à Reuters que l’Iran s’était montré globalement disposé à reprendre les pourparlers de paix, lors des entretiens tenus lundi entre responsables iraniens et pakistanais, tout en faisant part de ses inquiétudes concernant les sanctions. « Le Pakistan les a informés que les États-Unis reviendraient sur ces décisions, soit avant un nouveau cycle de négociations, soit au cours de celui-ci », a rapporté ce responsable. Le président de la commission des relations extérieures du Parlement iranien, Abbas Golrou, a pour sa part indiqué à l’agence étudiante iranienne Isna que le chef de l’armée pakistanaise avait transmis lundi un message américain à l’Iran, ajoutant que l’objectif principal semblait être de relancer un processus politique à l’arrêt.

Islamabad poursuit ses efforts pour ramener Téhéran et Washington à la table des négociations et les amener à respecter le mémorandum d’entente signé dans la capitale pakistanaise, en vue d’un accord définitif qui éviterait à la région une escalade plus dangereuse encore. Le Qatar a, dans ce cadre, réaffirmé son soutien à la médiation entre les deux pays, insistant sur le caractère unilatéral des sanctions américaines visant l’Iran.

Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, qui accompagnait le maréchal Asim Munir lors de cette visite officielle en Iran, a qualifié les entretiens tenus à Téhéran de « très positifs et constructifs », exprimant l’espoir qu’ils ouvrent la voie à une paix durable dans la région. Sur X, il a évoqué une rencontre « très positive et constructive » avec le président iranien, portant notamment sur le différend entre Téhéran et Washington, les tensions au Moyen-Orient et les perspectives à venir.

Selon lui, le président Massoud Pezeshkian a exposé « avec franchise » les positions et préoccupations de son pays, débouchant sur un échange de vues jugé fructueux et une issue jugée très positive. La présidence iranienne a de son côté qualifié la visite du chef d’état-major pakistanais de « très fructueuse », évoquant des « gains diplomatiques d’une grande importance dont les effets se feront sentir prochainement ».

L’agence Irna a rapporté que Massoud Pezeshkian avait souligné, lors de cette rencontre, la nécessité pour Washington de respecter ses engagements envers la République islamique conformément au droit et aux normes internationales, appelant les États-Unis à « corriger le ton et l’approche » de leurs relations avec Téhéran, la logique de pression ne pouvant, selon lui, que compliquer davantage le processus. Le chef de la délégation iranienne aux négociations, Mohammad Bagher Ghalibaf, a quant à lui affirmé suivre l’application du mémorandum d’entente, appelant Washington à honorer ses engagements.

Washington durci les sanctions économiques

Cette médiation pakistanaise intervient alors que Washington a durci, lundi, son dispositif de sanctions contre Téhéran. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a annoncé un nouveau train de mesures ciblant cinq secteurs clés de l’économie iranienne, actifs numériques, technologie, or, aviation et transport maritime, présentées comme destinées à priver le pouvoir iranien de ses ressources. Plus d’une soixantaine d’entités, personnes et navires accusés de faciliter l’acquisition de technologies nucléaires et balistiques ou la génération de revenus pétroliers pour Téhéran sont visés. M. Bessent a également averti que les pays continuant de commercer avec l’Iran s’exposaient à être écartés du système financier lié au dollar. Sans nommer directement la Chine, premier acheteur de pétrole iranien, le responsable américain a laissé entendre que les entités facilitant ce commerce pourraient être concernées par de futures mesures. Pékin a réagi en dénonçant des sanctions unilatérales qu’il juge dépourvues de fondement en droit international, estimant que la pression économique ne permettra pas de résoudre la crise. Le ministère chinois des Affaires étrangères a réaffirmé son opposition à ce type de mesures, tandis que plusieurs médias occidentaux relèvent que Washington a pour l’instant évité de cibler les grandes institutions financières chinoises, une prudence lue comme un signe des enjeux entourant la rencontre prévue entre les présidents Trump et Xi Jinping.

À Téhéran, le ministre de l’Économie a assuré que l’Iran disposait d’un plan étalé sur deux ans pour absorber l’impact des nouvelles sanctions, affirmant que les tentatives américaines de faire plier le pays avaient jusqu’ici échoué. De son côté, le chef du Pentagone, Pete Hegseth, a précisé que la pression économique ne signifiait pas l’arrêt des opérations militaires, laissant la porte ouverte à de nouvelles frappes dans la région ou dans le détroit d’Ormuz. Sur le terrain, la situation dans ce couloir maritime stratégique reste tendue. L’agence iranienne chargée de superviser le trafic dans le détroit a publié une liste noire d’une quarantaine de navires accusés de ne pas respecter ses règles de navigation, les exposant à des amendes, une détention, voire une confiscation. Depuis les premières frappes américano-israéliennes de fin février, Téhéran a progressivement restreint l’accès au passage historique emprunté depuis des décennies, imposant une nouvelle route plus proche de ses côtes ainsi qu’un droit de passage. Les tentatives de contournement par une voie longeant Oman continuent de faire l’objet d’attaques. Un pétrolier a encore été touché par un projectile non identifié dans la nuit de lundi à mardi, endommageant sa salle des machines. Selon un décompte de l’Organisation maritime internationale, 68 incidents ont été recensés depuis le début du conflit dans le golfe Persique, le golfe d’Oman et la mer d’Arabie, faisant au moins 20 morts et 35 blessés.

Lyes Saïdi

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