Détroit d’Ormuz : Téhéran et Mascate avancent vers un compromis
L’Iran et Oman ont annoncé mercredi être parvenus à certains accords concernant la gestion du détroit d’Ormuz, un pas supplémentaire dans des négociations menées depuis plusieurs semaines pour tenter de rouvrir progressivement cette voie maritime stratégique, verrouillée par Téhéran depuis le déclenchement de la guerre amorcée à la suite d’attaques américano-israéliennes fin février. Le porte parole des Gardiens de la révolution, Hossein Mohebi, a indiqué que les discussions avaient permis de s’entendre sur la part de chaque pays dans les eaux du détroit ainsi que sur la répartition des revenus liés à la navigation entre l’Iran et Oman. Il a par ailleurs estimé que les Etats Unis cherchaient à entraver la finalisation d’un accord global. Une source iranienne de haut rang a toutefois nuancé ces propos auprès de Reuters, précisant qu’un accord définitif sur le détroit n’était pas encore conclu et que les discussions se poursuivaient sur les détails techniques du dispositif envisagé. Cette annonce fait suite à une rencontre tenue mardi à Téhéran entre les chefs de la diplomatie iranienne et omanaise, Abbas Araghchi et Badr al Busaidi, à l’issue de laquelle un communiqué conjoint a fait état d’un accord cadre portant sur l’établissement d’un couloir temporaire de navigation ainsi que sur une opération de déminage du détroit. Les deux parties ont indiqué que les négociations se poursuivraient afin de définir un couloir permanent, la gestion future du détroit et un mécanisme assurant les services de navigation et de sécurité nécessaires. Selon plusieurs médias, le dispositif à l’étude prévoirait que les navires entrant dans le golfe empruntent les eaux iraniennes tandis que ceux en sortant passeraient par les eaux omanaises, l’Iran conservant un droit de regard sur l’ensemble du trafic.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ un cinquième des hydrocarbures échangés dans le monde, reste fermé par Téhéran depuis février, en réponse aux frappes américano israéliennes. Le trafic maritime y a chuté d’environ 90 %, les armateurs redoutant que leurs navires ne soient pris pour cible. Les Etats Unis mènent de leur côté un blocus des ports iraniens. Téhéran a fait savoir à plusieurs reprises que la réouverture complète du détroit resterait conditionnée au respect par Washington des engagements pris dans le cadre du protocole conclu à la mi juin, lequel prévoyait notamment la levée du blocus américain et des sanctions économiques visant l’Iran, avant que cet accord ne soit rompu, chaque camp reprochant à l’autre de l’avoir enfreint.
Le chercheur omanais Abdallah Baabood explique que les deux pays négocient en réalité les contours d’une architecture de gouvernance et de sécurité pour l’après guerre dans le détroit, ce qui explique la lenteur du processus. Les discussions portent sur des questions de souveraineté, de juridiction, de contrôle des navires, d’éventuels frais de passage et de conformité avec le droit international. Si Téhéran lie la réouverture complète du détroit à la résolution de son différend plus large avec Washington, notamment la levée des sanctions et du blocus, ainsi qu’à des demandes de compensations et de garanties de sécurité, Oman cherche pour sa part à dissocier autant que possible la liberté de navigation du conflit régional. Le sultanat associe également les autres Etats riverains aux discussions et met en avant le droit international, dans l’objectif affiché de parvenir à une garantie collective de la liberté de navigation plutôt qu’à un arrangement dépendant d’une seule puissance.
Sur le plan militaire, l’armée iranienne a annoncé mercredi avoir reconstruit l’ensemble des systèmes d’armes endommagés pendant les hostilités et avoir importé de nouveaux équipements, tant par le biais de son industrie de défense nationale que par des acquisitions à l’étranger. Le porte parole de l’armée, Mohammad Akraminia, a précisé que ces renforcements avaient consolidé les capacités de défense du pays.
Pékin hausse le ton face aux menaces de sanctions US
Sur le plan diplomatique, Washington a par ailleurs annoncé un renforcement de ses sanctions secondaires visant les entités et pays entretenant des relations commerciales avec l’Iran, sans détailler pour l’instant de nouvelles pénalités. Pékin a réagi en condamnant ces mesures visant des entités chinoises et en affirmant que sa coopération avec Téhéran s’inscrivait dans le cadre du droit international, tout en jugeant que les pressions économiques ne constituaient pas une solution durable au conflit. Dans ce contexte, les cours du pétrole demeurent sensibles à la moindre évolution du dossier. L’annonce des Gardiens de la révolution a d’abord provoqué une baisse notable des prix du brut, avant que les propos plus prudents de la source iranienne citée par Reuters ne viennent tempérer les anticipations du marché.
Lyes S.

