Crise migratoire de Ceuta : Une élue européenne pousse à revoir la relation avec le Maroc
À Bruxelles, une élue espagnole a mis à mal lundi l’image du Maroc comme partenaire fiable de l’Union européenne. Dans un entretien accordé au journal espagnol El HuffPost, la députée européenne du parti Sumar Estrella Galán a affirmé que le royaume ne respecte les droits humains ni de ses propres citoyens ni des migrants, plaidant pour une révision profonde de la relation entre Bruxelles et Rabat. L’élue espagnole a souligné que la coopération ne saurait se confondre avec la soumission, une situation qu’elle dit observer aujourd’hui dans les rapports avec le Maroc. Elle estime que le royaume a dépassé le cadre normal du partenariat pour installer une relation marquée par le chantage et le marchandage politique.
Ce constat rejoint directement le dossier migratoire. Pour Estrella Galán, le Maroc ne peut imposer ses conditions dans la gestion des flux migratoires ni transformer ces mouvements de population en outil de pression à travers des manœuvres qu’elle qualifie de trompeuses. Elle refuse que ce dossier serve de monnaie d’échange dans les tractations politiques.
L’élue, qui a dirigé la Commission espagnole d’aide aux réfugiés entre 2011 et 2024 et compte parmi les voix les plus au fait du dossier migratoire en Espagne, dénonce également ce qu’elle appelle une instrumentalisation par Rabat de vies humaines. Elle revient sur les événements de Ceuta, qu’elle décrit comme bien plus qu’une simple crise migratoire, y voyant une leçon majeure pour l’Union européenne. Le Maroc, insiste-t-elle, ne peut ni dicter la politique migratoire espagnole ni se servir des flux de migrants comme moyen de pression.
Fin juillet dernier, la ville espagnole de Ceuta avait connu un afflux massif de migrants marocains, issus de toutes les catégories de la société, avec plus de 72 000 personnes recensées en quelques jours, un épisode que la presse locale a qualifié de grande fuite. Plusieurs analyses et enquêtes ont convergé vers l’hypothèse d’une opération orchestrée par le régime marocain, s’appuyant notamment sur des témoignages de migrants affirmant avoir été poussés vers Ceuta par des éléments des forces de sécurité marocaines. Madrid continue de gérer les conséquences de cette crise, qui l’a conduite à solliciter l’aide de l’Union européenne.
Crise de Ceuta : la justice espagnole ouvre une enquête sur l’afflux massif de migrants fin juillet
« Il a été mis en évidence une indéniable gestion favorisant le processus » d’entrée de plus de 70 000 migrants à Ceuta « à partir du territoire du royaume du Maroc », affirme la juge
La justice espagnole ouvre une enquête
La justice espagnole a d’ailleurs ouvert lundi une enquête sur ces évènement, évoquant notamment des indices suggérant « une indéniable gestion favorisant » ce processus à partir du Maroc. Les faits pourraient être constitutifs de plusieurs infractions, dont des délits « portant atteinte à la paix ou à l’indépendance de l’Etat » espagnol, estime la juge Maria Tardon, selon un communiqué de l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale du pays, située à Madrid et compétente pour des actes survenus à l’étranger. « L’utilisation des flux migratoires constitue l’une des méthodes employées dans les opérations de “guerre hybride” », rappelle la magistrate, qui pointe dans son rapport « des vagues de différentes intensités et profils, qui ont provoqué l’effondrement des capacités de réponse du système espagnol de contrôle frontalier et une violation massive de la souveraineté territoriale de l’Espagne ». Mme Tardon s’appuie notamment sur un rapport de la police espagnole, divulgué par la presse la semaine dernière, qui conclut que l’entrée de plus de 70 000 personnes sur ce petit territoire espagnol ne résultait pas d’« actions de nature accidentelle, occasionnelle ou spontanée », précise le communiqué. « Il a été mis en évidence (…) une indéniable gestion favorisant le processus » d’entrée de ces migrants à Ceuta « à partir du territoire du royaume du Maroc », affirme la juge en citant ce rapport. Selon la décision judiciaire, « différents membres en uniforme des forces de sécurité marocaines » auraient non seulement adopté une attitude de « permissivité », sans chercher à « disperser ou éloigner » les personnes de la zone frontalière, mais auraient également exercé un « accompagnement actif », en fournissant des indications sur la manière de franchir la frontière vers Ceuta.
L.S.

