Énergies renouvelables : L’Algérie promise au rythme de croissance le plus rapide d’Afrique d’ici 2031
L’Algérie devrait afficher, entre 2026 et 2031, le taux de croissance annuel composé le plus élevé du continent africain dans le secteur des énergies renouvelables, avec 42,51 % par an, portée par un appel d’offres solaire d’un gigawatt et par ses ambitions dans l’hydrogène vert destiné à l’export, selon un rapport publié par le cabinet Mordor Intelligence et relayé par l’Unité de recherche énergétique basée à Washington. Cette projection, qui place le pays en tête d’un continent où la capacité installée pourrait bondir de 77,91 gigawatts en 2025 à près de 180 gigawatts en 2031, intervient alors qu’Alger vient d’inaugurer cette année ses deux plus grandes centrales solaires, d’une capacité cumulée de 400 mégawatts. Ces deux installations marquent la première phase d’un programme national qui ambitionne d’atteindre 3 200 mégawatts d’énergie solaire, contre environ 600 mégawatts actuellement raccordés au réseau. L’accélération attendue du parc algérien s’inscrit dans une dynamique continentale où le solaire s’impose progressivement comme la technologie la plus dynamique, avec une croissance annuelle composée projetée à 27,84 % jusqu’en 2031, portée par la chute des coûts. Le rapport rappelle qu’en 2025, les tarifs des projets solaires à grande échelle attribués par appel d’offres sont tombés sous les 0,03 dollar le kilowattheure en Égypte et au Maroc, soit plus de 40 % en dessous du coût des nouvelles centrales au charbon ou au gaz, tandis que le prix des panneaux photovoltaïques s’établissait à 0,12 dollar le watt début 2026, sur fond de surproduction mondiale de polysilicium.
Afrique, entre percée et goulots d’étranglement
À l’échelle du continent, la puissance cumulée des énergies renouvelables devrait progresser de plus de 92 gigawatts entre 2026 et 2031. L’an dernier, le solaire africain a crû de 21 % pour atteindre 22,19 gigawatts, devançant l’éolien, en hausse de 20 % à 11,47 gigawatts, tandis que l’hydroélectricité, toujours dominante dans le mix énergétique du continent avec environ 52 gigawatts cumulés, n’a progressé que d’environ 4,3 gigawatts. Solaire et éolien réunis devraient dépasser l’hydroélectrique dès 2029. Le secteur commercial et industriel figure parmi les moteurs de demande les plus rapides, avec une croissance annuelle composée de 18,36 % projetée d’ici 2031, les sociétés minières, les usines et les centres de données cherchant à sécuriser via des contrats d’achat d’électricité un approvisionnement stable, propre et à prix prévisible.
Sur la carte des pays, l’Afrique du Sud reste en tête en volume, avec 7,8 gigawatts cumulés obtenus à travers sept cycles d’enchères, soit 21 % de la capacité totale du continent en 2025, même si la saturation du réseau et le manque de flexibilité de ses centrales à charbon limitent désormais l’ajout de nouvelles capacités. L’Égypte mise sur ses ressources solaires et éoliennes ainsi que sur sa position géographique, la zone d’Aïn Sokhna se transformant en pôle hydrogène vert avec des protocoles d’accord portant sur 2,5 gigawatts d’électrolyseurs. Le Nigeria a financé 90 000 systèmes solaires domestiques et neuf mini-réseaux en 2025, le Kenya s’appuie sur 985 mégawatts de géothermie et 310 mégawatts d’éolien pour viser une électricité entièrement renouvelable d’ici 2030, tandis que l’Éthiopie, malgré les 5,15 gigawatts de son barrage de la Renaissance, risque de gaspiller jusqu’à 40 % de son potentiel de production durant la saison des pluies faute d’interconnexions régionales suffisantes.
Le rapport souligne toutefois que les réseaux électriques demeurent le principal frein à cette expansion. En Afrique du Sud, le réseau ne peut absorber que deux gigawatts par an de sources renouvelables intermittentes sans problèmes de tension, ce qui impose le recours aux batteries ou la réduction de la production. S’y ajoute le risque de change, illustré par 2,5 milliards de dollars de dividendes bloqués au Nigeria en raison du rationnement des devises pour les importations de carburant, par la chute de 40 % du kwacha zambien entre 2024 et 2025, qui a érodé les revenus tarifaires des projets solaires, ou encore par le plafonnement à 50 % des bénéfices trimestriels rapatriables imposé en Éthiopie. La hausse des primes d’assurance contre le risque politique creuse par ailleurs l’écart entre des tarifs libellés en monnaie locale et des dettes en dollars, freinant d’autant le rythme de croissance du marché africain des renouvelables.
Samira Ghrib

