Maroc : Des législatives sur fond de divorce entre la population et les urnes
À quelques jours d’un scrutin que le régime du Makhzen espère présenter comme celui du renouveau, le Maroc affronte une crise de confiance profonde, alimentée par un chômage massif des jeunes, un sentiment d’abandon social et la tentation, pour toute une génération, de tourner le dos aux urnes comme au pays.
Les Marocains sont appelés à voter mercredi pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants, au terme d’une campagne qui a vu 27 partis se disputer les voix d’environ 16 millions d’inscrits. Mais l’enjeu n’est plus vraiment de savoir qui l’emportera. La vraie interrogation porte sur le nombre de citoyens qui feront le déplacement. Selon plusieurs médias internationaux, la défiance envers la classe politique, entretenue par le chômage, les difficultés d’accès aux services essentiels et la question de la migration irrégulière, pèse lourdement sur le climat du vote. Les chiffres rapportés par l’agence américaine Associated Press donnent la mesure du malaise. Le taux de chômage officiel s’est établi à 13 % en 2025, mais il atteint 37 % chez les jeunes de 15 à 24 ans. L’agence souligne que leurs revendications relèvent moins de divergences idéologiques que de besoins élémentaires, à savoir un emploi, une vie décente, des écoles, des hôpitaux et des infrastructures qui fonctionnent. Ce sont ces mêmes attentes qui avaient poussé les jeunes dans la rue l’an dernier, dans le sillage du mouvement GenZ 212, dont les manifestations avaient visé le bilan de la coalition gouvernementale.
Le désintérêt se lit déjà dans les listes électorales. Le quotidien espagnol El Espanol indique que les 18 à 24 ans ne pèsent que 3 % des inscrits, et la presse marocaine évoque environ 632 000 jeunes inscrits, contre 915 000 lors du dernier scrutin de 2021. Interrogé par l’AFP à Salé, Haitham Atifi, technicien de 20 ans qui peine à décrocher un simple stage, a expliqué qu’il ne voterait pas, faute de croire aux engagements des candidats. Son cas n’a rien d’isolé. La participation aux législatives, qui plafonnait à 42,3 % en 2016, n’était remontée à environ 50 % en 2021 que grâce à la tenue simultanée des élections communales et régionales. Beaucoup craignent que l’abstention ne s’impose une nouvelle fois comme le premier parti du royaume.
À cette fragilité politique s’ajoute une inquiétude sécuritaire. Les tentatives de passage collectif vers Ceuta, qui auraient vu, selon El Espanol, plus de 70 000 personnes entrer illégalement dans l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet derniers, ont entretenu des tensions aux frontières avec l’Espagne. Plus troublant encore, la chaîne Canal Sur fait état d’appels lancés sur les réseaux sociaux pour une nouvelle tentative le 23 septembre, jour même du scrutin, par un groupe baptisé « Migration collective vers Ceuta » qui revendiquerait plus de 91 000 jeunes Marocains. La presse espagnole rapporte que les services de renseignement de Madrid ont alerté les autorités des deux pays sur ces appels.
Le vote de mercredi doit ouvrir un nouveau cycle politique. Il risque pourtant de s’ouvrir sur une légitimité entamée, dans un pays où la jeunesse hésite désormais entre le silence des urnes et l’appel du large.
Lyes Saïdi

