Leçons au pays de Marianne
Par Azzedine Belferag
Mme Ségolène Royal dénonce l’« algérophobie » de la France et cloue au pilori la droite et son extrême. Face à un piètre journaliste, outrageusement hostile à l’Algérie et qui s’évertue vaille que vaille à lui faire qualifier le pays de « régime totalitaire », l’ex-ministre de l’environnement et candidate à la candidature socialiste à l’Élysée a tenu à rappeler les contradictions du pays de Marianne. Il se targue d’être le chantre des libertés et de l’égalité, mais va jusqu’à arrêter des gosses, coupables tout au plus d’avoir réclamé plus d’attention et de moyens dans leurs lycées, pour les présenter menottes aux mains comme des délinquants menaçant l’ordre public, histoire de faire passer la pilule. Ces outrages et ces violences policières contre des enfants feraient pourtant rougir les contrées les plus réfractaires à toute idée revendicatrice, celles-là mêmes que les Français traitent allègrement de dictatures.
La France, qui s’évertue à distribuer leçons et sobriquets à tour de bras, oublie de faire son mea culpa en Afrique, en Algérie et partout où sa prétendue colonisation civilisatrice a fini par semer, au fil des siècles, misère, maladie, analphabétisme et bien d’autres maux sortis tout droit de la boîte de Pandore made in France. Ce ne sont pourtant pas ses milliers de lycéens, victimes des coupes budgétaires dans les programmes scolaires et des suppressions de postes d’enseignants, qui sont à l’origine de l’astronomique dette publique du pays, établie à quelque 3 595,5 milliards d’euros, soit 119,0 % du PIB au deuxième trimestre 2026, près de deux fois la limite européenne fixée par le critère de Maastricht à 60 %.
La France refuse d’admettre que, sans l’Afrique, ses richesses, son intelligentsia, ses bras et son sous-sol, elle en serait réduite à quémander sa pitance, au risque d’essuyer de nouveaux coups d’éventail aux mauvais payeurs. À force de ne jamais apprendre, elle demeure un cancre. Elle continue de marcher à reculons en se pavanant, parée de ses plus beaux atours spoliés ici et là, et refuse de regarder la triste réalité qui la guette. Elle refuse d’admettre que ses anciennes colonies se sont affranchies, que le temps de la Françafrique est révolu, que l’Afrique des Tontons macoutes, des Bongo, des Mobutu et de bien d’autres supplétifs est une page tournée, que le pétrole, l’uranium et les milliers de minerais appartiennent au continent noir, et que les enfants de l’Afrique ont grandi, ont compris que l’Afrique est aux Africains et exigent désormais leur place dans ce monde.
A.B.

