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Le Telegraph dans la gueule d’Abou Dhabi : Londres sonne l’alarme sur la stratégie d’influence émiratie

Le régulateur britannique des médias estime que le rachat du Telegraph Media Group par une entité liée à Abou Dhabi aurait pu nuire à l’intérêt public. Motivations d’influence, financement opaque, risque d’autocensure en salle de rédaction, le dossier a de quoi donner des sueurs froides à la presse britannique. Le gendarme britannique des médias a mis les pieds dans le plat. Selon le Financial Times paru vendredi, l’Ofcom a conclu que le projet de rachat du Telegraph Media Group par International Media Investments (IMI), une société basée à Abou Dhabi, aurait pu être contraire à l’intérêt public, en raison des menaces qui pèseraient sur la liberté d’expression. Le régulateur ne fait pas dans la dentelle. D’après le quotidien économique, l’Ofcom a relevé des « motivations claires » chez les Émirats pour peser sur la couverture médiatique et servir leurs intérêts gouvernementaux et commerciaux. Les liens étroits entre les dirigeants d’IMI et le pouvoir émirati alimentent la crainte de voir la puissance financière transformée en levier sur la ligne éditoriale du Daily Telegraph, au détriment de l’exactitude de l’information et de la liberté d’expression. Le pedigree de l’acquéreur n’a rien arrangé. La chaîne ITV News rapporte que la société émiratie est rattachée au cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyane, vice-président des Émirats. Un parrainage de ce calibre a valu à l’opération un examen réglementaire poussé. Le portefeuille a lui aussi retenu l’attention. Le Telegraph a révélé qu’un financement d’environ 600 millions de livres sterling était lié aux modalités du rachat du journal auprès des Barclay, la famille d’hommes d’affaires qui en était propriétaire. Citant l’Ofcom, le titre indique que les justifications commerciales de ce prêt restaient floues au vu de son montant, des risques encourus et des garanties associées, et qu’il n’était pas approprié de conclure, à ce stade, à des motivations exclusivement commerciales. L’Autorité précise toutefois qu’elle n’y voit pas la preuve d’une tentative d’acheter de l’influence, mais elle a élargi son regard à l’ensemble des relations qui entourent l’opération. Et là, le tableau se corse. Toujours selon le Telegraph, l’Ofcom a noté un chevauchement important entre les dirigeants d’IMI et les responsables émiratis. Sultan Ahmed Al Jaber préside la société médiatique tout en tenant les rênes d’ADNOC, le géant quotidien aussi influent s’il passait sous le contrôle du consortium adossé à Abou Dhabi.

Lyes Saïdi

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