De Madrid à Tirana : Les rues d’Europe grondent contre la vie chère
Des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans les rues de France, d’Italie, du Portugal et de Belgique, tandis que en Espagne et en Albanie le bras de fer avec la rue se poursuit . D’un pays à l’autre, la colère est la même chez des citoyens qui peinent à se loger, à étudier et à boucler leurs fins de mois. En France, tout est parti de lycéens à la fin septembre, qui dénonçaient le manque d’enseignants, des bâtiments délabrés et une procédure d’admission à l’université jugée opaque. Parents, enseignants, étudiants et syndicats, dont la CGT, ont ensuite rejoint le mouvement en y ajoutant les salaires, les retraites et les prix. La flambée des carburants, provoquée par les frappes américaines et la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, a attisé les braises. Samedi, entre 550 000 et 800 000 personnes ont défilé selon les estimations, et plusieurs cortèges ont tourné aux heurts avec la police, aux incendies volontaires et au vandalisme. Le gouvernement a promis 3 000 enseignants remplaçants, renoncé à une hausse de certains droits d’inscription et relevé les aides aux carburants pour certains secteurs.
En Espagne, l’étincelle a un visage, celui de Maricarmen Abascal, 87 ans. Expulsée de son logement madrilène le 23 septembre après qu’un fonds d’investissement eut majoré son loyer de 230 %, elle est morte quelques semaines plus tard. Le 26 septembre, environ 25 000 personnes ont marché à Madrid, selon les autorités, pour réclamer un moratoire sur les expulsions, un plafonnement des loyers et l’interdiction faite aux fonds d’acheter des logements. Les mesures d’urgence du Premier ministre Pedro Sánchez ont été repoussées au Parlement par la droite, et des élections anticipées sont prévues le 29 novembre.
Au Portugal, des milliers de manifestants ont planté un village de tentes au cœur de Lisbonne pour exiger des loyers plus doux, de meilleurs salaires et des retraites plus généreuses, alors que les prix de l’immobilier ont bondi de 124 % entre 2015 et 2024. À Milan, un défilé d’abord paisible a basculé quand des manifestants masqués ont jeté des pierres et incendié des barricades, face aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes. Des tensions ont aussi été signalées à Turin et à Bologne. Giorgia Meloni a condamné la violence tout en reconnaissant le droit de manifester pacifiquement. À Bruxelles comme à Liège, des étudiants dénoncent la hausse des frais d’inscription et des réformes qui, à leurs yeux, fermeraient la porte des études supérieures, avec là aussi des affrontements.
En Albanie, la contestation étudiante a viré à la crise politique. Partie des conditions d’enseignement et du coût de la vie, elle réclame désormais le départ du Premier ministre Edi Rama, visé par des accusations de corruption, notamment autour d’un projet immobilier côtier lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump. M. Rama refuse de céder et avertit que les troubles pourraient compromettre l’adhésion de son pays à l’Union européenne.
Cette simultanéité ne fait pas pour autant un mouvement unique, chaque pays ayant ses propres ressorts. Reste un point commun, la pression économique qui oblige les gouvernements à répondre aux besoins élémentaires, faute de quoi la rue continuera de faire office de tribune.
Lyes S.

