Ligne Ferroviaire vers le Grand Sud : Le premier coup de pioche sera donné à Tamanrasset
Le chef de l’État a ordonné dimanche le lancement immédiat de la ligne Laghouat-Tamanrasset depuis la capitale de l’Ahaggar. Deux jours plus tard, le ministre des Travaux publics réunit à Alger entreprises et bureaux d’études pour boucler les préparatifs d’un chantier de 1 581 kilomètres, attendu pour fin 2028.
Le premier coup de pioche de la ligne ferroviaire Laghouat-El Meniaa-In Salah-Tamanrasset sera donné à Tamanrasset. C’est ce qu’a décidé le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a ordonné dimanche en Conseil des ministres le « lancement immédiat, depuis Tamanrasset » du projet. Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a aussitôt réuni mardi à Alger les acteurs du dossier pour accélérer la finalisation des préparatifs sur le terrain, indique un communiqué de son département. La réunion présidée par Abdelkader Djellaoui a rassemblé des cadres centraux du ministère ainsi que les responsables des entreprises de réalisation et des bureaux d’études chargés des études et du suivi. Elle visait à évaluer le niveau de préparation et à coordonner les interventions avant le lancement effectif des travaux. Les participants ont passé en revue l’état des préparatifs sur le tronçon Laghouat-Ghardaïa (265 km), le tronçon Ghardaïa-El Meniaa (230 km), la section reliant El Meniaa au point kilométrique 216 et le tronçon Tamanrasset-Moulay Lahcen (213 km). Ils ont également abordé l’état des chantiers, les moyens matériels et humains mobilisés, la disponibilité des ressources et la manière de traiter les contraintes éventuelles. Le ministre a insisté sur la nécessité de finaliser les préparatifs et d’accélérer la cadence du suivi, afin d’assurer la « pleine préparation » des entreprises de réalisation, conformément aux instructions du président de la République.
L’ordre de dimanche prolonge une série de rappels présidentiels. En avril, Abdelmadjid Tebboune avait présenté la ligne comme le « nouveau pari du siècle » et fixé sa mise en service à fin 2028. Le 4 octobre, après l’approbation par la Banque africaine de développement du financement du tronçon El Meniaa-Tamanrasset, il avait ordonné le lancement immédiat des différents tronçons, érigés en « priorité absolue » du secteur des Travaux publics, avec une « accélération globale » des opérations. Il avait aussi exigé la réception de l’ensemble du projet d’ici la fin de 2028, afin que les Algériens voyagent en train du Nord jusqu’à Tamanrasset.
Les chiffres donnent la mesure de l’ouvrage. Le tronçon Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa s’étend sur 495 kilomètres et a bénéficié d’un prêt de la BAD de 1,5 milliard de dollars. La partie El Meniaa-In Salah-Tamanrasset en compte 1 086, soit 1 581 kilomètres au total. Un décret exécutif a déclaré d’utilité publique la réalisation des sections Laghouat-Ghardaïa et Ghardaïa-El Meniaa, et l’Anesrif a fait état de l’achèvement des levés topographiques entre In Salah et Tamanrasset. L’enjeu est désormais celui du calendrier, car il s’agit de poser plus de 1 500 kilomètres de voie en plein Sahara en un peu plus de deux ans.
À Tamanrasset, universitaires, opérateurs touristiques, agriculteurs et acteurs associatifs interrogés par l’APS voient dans cette ligne un levier de désenclavement, de baisse des coûts d’acheminement des marchandises et d’ouverture de l’Algérie sur son profondeur africaine.
Une connexion qui suscite l’espoir
Pour Abdelbasset Azzaoui, enseignant à l’université de Tamanrasset, ce projet est « l’ébauche d’une nouvelle ère de développement pour la région ». Il y voit aussi une chance d’intégration algéro-africaine, qui ferait de l’Algérie un hub logistique entre le nord du continent et sa profondeur africaine. Le secteur touristique attend lui aussi beaucoup de la ligne. Ahmed Azzi-Addi, opérateur à Tamanrasset, estime qu’elle permettra aux visiteurs d’accéder plus aisément aux nombreux sites de la région. Côté agriculture, Sidi-Mohamed Doudada, exploitant à Tit, table sur une baisse des coûts d’acheminement des produits agricoles et de large consommation, avec un effet bénéfique sur les services et sur la stabilité de la population locale. À Abalessa, Bekkai Chambâa, acteur associatif, rattache le projet à la volonté du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de conforter le développement du Sud. Selon lui, les habitants de l’Ahaggar fondent beaucoup d’espoirs sur ce chantier stratégique pour un développement durable.
Samir Benisid

